De bons voisins de Ryan David Jahn

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La Part des flammes de Gaëlle Nohant

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{Le mois du polar} Maelström de Stéphane Lemarchand

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"Ma peinture et votre récit sont semblables: subjectifs et idéalisés"

Titre: Le Peintre et la voyageuse

Auteur: Patricia Almarcegui

Editions: Intervalles

Date de publication: 2016

 

Dans l'imagination de l'auteur, Lady Montagu, voyageuse et femme de lettres du XVIIIe siècle et Ingres, célèbre peintre du XIXe siècle se rencontrent. A l'ouverture du roman, Ingres est en mal d'inspiration. Il n'a plus le désir de peindre. Il décide donc de se retirer à la campagne. Mais il a fait la rencontre de la fascinante voyageuse lors de la représentation de l'opéra Orphée et une relation s'installe entre eux. Au fil de leurs entrevues, un véritable échange se fait autour de l'art, des femmes, de l'enfance, de l'amour,... Jusqu'à retrouver le goût de peindre.

 

J'ai passé un bon moment en compagnie des tableaux aimés ou peints par Ingres et des récits d'Orient proposés par la voyageuse. Les entretiens entre ces deux personnages sont enrichissants et posent la question fondamentale de la place de la femme dans l'imaginaire artistique, en particulier de la femme orientale. Lady Montagu défend une vision très moderne de la femme de harem et remet en question la perception occidentale, s'inscrivant ainsi dans la tradition des Lumières. L'hypotypose (description réaliste et animée d'une oeuvre d'art) finale est stupéfiante et constitue pour moi l'apogée du roman.

Si certains passages m'ont semblé un peu surfaits voire clichés, l'ensemble du roman fait voyager de Venise à Paris en passant par la Turquie et la campagne française mais il fait surtout voyager dans les univers picturaux et sensoriels des deux personnages.

 

Je crois que ce qui m'a empêchée de rentrer totalement dans le roman c'est une certaine superficialité des personnages. Non pas qu'on ne connaisse pas leurs pensées et émotions mais j'ai parfois trouvé que cela manquait de sel, de complexité. Ainsi, l'admiration que l'auteur porte à Lady Montagu la conduit à en faire un personnage parfait, qui est belle, admirée de tous, originale et qui comprend à la perfection la psychologie de ses interlocuteurs. Et c'est là que je ne m'y retrouve pas. De plus, le style m'a paru un peu brut, un peu sec, peut-être maladroit. Mais je le mets aussi sur le compte de la traduction. A noter, quelques erreurs de syntaxe malheureuses, quand l'auteur cite les lettres de Lady Montagu sans établir les changements nécessaires à la nouvelle situation d'énonciation.

 

Le bilan est donc mitigé mais c'est que je deviens un public difficile. Le roman était ambitieux et j'en attendais encore plus. Il se lit néanmoins très bien et la qualité indéniable de l'objet-livre a participé au plaisir de la lecture.

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"Ils ont tué Antigone."

Titre: Le Quatrième Mur

Auteur: Sorj Chalandon

Éditions: Grasset/Le livre de poche

Date de parution: 2013

 

Ce récit, c'est celui d'une dévoration car toutes les tragédies sont des dévorations. Les personnages y sont dévorés d'amour, de haine, de jalousie, de dilemmes moraux. Ici, c'est la guerre qui dévore tout.

 

Georges reçoit de son ami Samuel une mission d'ordre sacrée car Samuel va mourir et il laisse à Georges le soin de réaliser sa dernière volonté: monter Antigone d'Anouilh à Beyrouth en 1982 avec comme acteurs un membre de chaque communauté en guerre. Or si Georges a combattu dans la rue contre les fascistes dans sa jeunesse, il vit maintenant tranquillement. Et pourtant, il va tout abandonner pour donner vie à cette trêve théâtrale.

 

Si l'on pense au début que la référence à la pièce d'Anouilh est anecdotique et ne se justifie que par le projet fou de Samuel, il n'en est rien. Ce roman parle certes d'une tragédie mais il est lui-même une tragédie. La mise en abyme est complète quand la fin du roman intègre des didascalies et une mise en page théâtrale. Et si le roman s'ouvre sur le monologue du choeur d'Anouilh, il se ferme aussi sur la parole d'un choeur qui met un point final à la tragédie romanesque. L'auteur a réussi à tisser dans son roman une toile digne des plus grandes tragédies antiques. En effet, sans le savoir, Georges marche vers son destin, sans cesse.

Mais est-ce Georges le véritable personnage de cette histoire? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, il m'a beaucoup agacée ce personnage et j'ai eu assez peu d'empathie pour lui jusqu'à ce que je comprenne qu'il n'était que la victime d'une grande machine absurde et dévorante: la guerre.

Le véritable personnage de ce texte, c'est la guerre. Elle nous apparaît dans toute sa violence, dans toute sa rage et sa confusion. Elle semble éternelle, victorieuse et même séduisante. Comme vers le sein d'une maîtresse, Georges y revient, comme malgré lui, abandonnant tout, y compris ses deux femmes qu'il s'était juré de protéger toujours. Contre elle se fracassent les certitudes et la réalité. Après elle, il n'y a rien que le chaos.

Pourtant, il semble que l'auteur ait souhaité mettre l'humain au cœur de son récit comme en témoignent les noms de ses chapitres: ils désignent tous un personnage à l'exception de deux qui désignent un lieu. Mais ce lieu, n'est-il pas lui aussi un personnage? N'est-ce pas lui qui incarne cette guerre? Toujours est-il que ce n'est pas tant l'histoire de Georges que celle de Samuel, Imane, Aurore, Louise, Nakad et les autres. Tous affrontent la guerre et s'y brisent. Tous sont la personnification d'une attitude, d'une idéologie, d'un peuple ou d'un espoir. Et ils sont nombreux comme le sont les victimes.

Comme chez Anouilh, la langue de Chalandon se fait simple, claire et efficace. Les élans lyriques restent sobres et les descriptions ne tombent jamais dans l'excès. On peut dire beaucoup sans trop en faire. Il évite ainsi tous les pièges du pathos qui enferme la guerre dans ses clichés. De plus, comme l'a prouvé la lecture théâtralisée à laquelle j'ai assisté, cette langue est proche de l'oral et résonne d'autant plus.

Une lecture qui ébranle.

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Au rayons bandes-dessinées, des nouveautés.

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"La poésie est la cocaïne de la littérature."

Titre: Le début de la fin

Titre original: First among sequels

Auteur: Jasper Fforde

Editions: 10/18

Date de parution: 2009

 

 

Nous retrouvons dans ce tome 5, Thursday Next 14 ans après sa dernière aventure. Elle est à présent installée avec Landen et a trois charmants enfants: Friday, Tuesday et Jenny (étrange ce prénom dans la liste! Il y a là anguille sous roche... Wait and see!). Elle ne travaille plus pour le service OS-27 (police de la littérature) puisqu'il a été démantelé mais à Zenith-Moquettes... Cependant, elle est loin d'en avoir fini avec le monde des livres puisqu'elle est toujours agent de la jurifiction. Dans ce tome, le monde est menacé par un Excédent de Bêtise, la fin des Temps et le monde des livres subit une lente décomposition jusqu'à tenter sa chance avec la télé-réalité. Thursday Next n'est pas au bout de ses peines.

 

Une saga à suivre

 

Vous n'avez rien compris au résumé? Tout cela vous semble totalement absurde? C'est tout à fait normal. Il s'agit d'une saga qui ne se prend pas en cours de route et qui carbure à l'humour anglais. L'univers s'est complexifié et enrichi au cours des épisodes et l'auteur ne s’embarrasse que peu d'un "résumé des épisodes précédents". Or tous les tomes s'enchaînent intimement. Autant vous dire que j'ai eu un peu de mal à suivre celui-ci puisque j'avais lu le tome précédent en 2010....

 

Je suis une Fforde-addict

 

Ce tome semble avoir deux vitesses. La première moitié, assez immersive, pose le cadre et les jalons de l'intrigue sur un rythme assez lent. Puis une accélération progressive fait s'enchaîner les rebondissement jusqu'à l'apogée finale qui laisse le lecteur essoufflé sur un cliffhanger de dingue. L'auteur ose même s'interrompre au milieu d'une phrase! Je ne vous dis pas l'intense sentiment de frustration...

 

Comme à son habitude, Jasper Fforde mêle avec brio les fils de plusieurs intrigues à la fois dans le monde de Thursday Next mais aussi dans le monde des livres. D'ailleurs le monde imaginé par cet auteur est si foisonnant et délirant qu'on en perd un peu la tête. Cette fois, Thursday visite plus ou moins de son plein gré les marges du monde des livres...

 

Ce que j'aime dans la série des Thursday Next, en dehors de l'univers loufoque, c'est qu'il y a toujours une part de satire à la sauce ironique typique des Anglais. J'ai donc savouré la réflexion sur le rapport au temps qu'entretient la société moderne où tout semble s'accélérer et où l'on vit dans une immédiateté mortifère, dans la consommation et le plaisir facile. Quant à la gestion politique de l'Excédent de Bêtise, c'est touts simplement hilarant!

 

Une bon tome, plein d'actions et de folie Ffordienne où l'on retrouve avec plaisir notre héroïne favorite.

 

 

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[Archives] Sauvez Hamlet!

 

Titre: Sauvez Hamlet!

Auteur: Jasper Fforde

Éditions: 10/18

Date de parution: 2008

 

Je viens d'achever Sauvez Hamlet de Jasper Fforde, le tome 4 des aventures de Thursday Next et je suis partagée entre la folle envie de crier au génie et la tentation de faire quelques critiques.

 

 

Avant d'entrer dans les détails, un bref résumé: Lassée de vivre dans le monde des livres, Thursday décide de revenir à Swindon dans le monde réel. Elle amène avec elle Hamlet, soucieux de comprendre comment son personnage est perçu par les lecteurs. Thursday devra récupérer son mari Landen éradiqué par Goliath, lutter contre Kaine qui projette d'être un tyran et de provoquer la fin du monde, sauver la littérature danoise, faire remporter le SuperArceau à l'équipe de croquet de Swindon, échapper à une tueuse à gage,...

 

 

Comme dans les précédents tomes, Jasper Fforde fait preuve d'un génie créatif exceptionnel. On se demande où il va chercher tout cela... Toujours plein d'humour son récit est truffé d'anecdotes succulentes: Friday, le digne fils de Thursday ne baragouine que le Lorem Ipsum; le procédé GrosseFarce pour retrouver le Minotaure permet de le suivre à la trace à cause de la présence de grosses ficelles comiques du cinéma (chute de piano, peau de banane etc...); le combat de créatures littéraires opposant le Kraken et le Jabberwock; le SuperArceau et ses règles loufoques; St Zvlkx, moine du XIIIe siècle accro aux paris et aux filles, la gêne de Thursday pendant la scène d'amour parce qu'elle se sent observée par le lecteur... Tous ses éléments sont d'une qualité irréprochable. Ce qui m'a vraiment plu, c'est sans aucun doute la réflexion ironique et humoristique sur notre société. Les procédures complètement dingues et ridicules du SuperArceau sont une caricature de notre société procédurière et qui se jette facilement dans des procès ridicules. La réaction de la population devant Kaine, même si elle s'explique par le recours à l'ovinateur, montre bien que notre société suit et ne réfléchit plus quand elle est subjuguée. Enfin, la danophobie (je ne sais si ce mot existe) illogique et aléatoire est le reflet de la stupidité de la haine entre les peuples.

 

Les points que je dirais plus négatifs naissent sans doute de mon intransigeante exigence. Dans un premier temps, on s'habitue à la fantaisie de Jasper Fforde et le plaisir de la surprise se perd un peu. Le plus embêtant je pense, c'est la multiplication des intrigues et le manque d'approfondissement des personnages. On n'a pas le temps de s'identifier aux personnages ni même de s'y attacher tellement le texte file. On en arrive à ne plus ressentir d'émotions même dans les passages pathétiques. C'est peut-être voulu après tout, comme s'il s'agissait là encore une caricature de roman d'aventures avec une héroïne sauvant le monde à tous les coups et qui échappe toujours de justesse à la mort...

 

 

Je trouve donc ce roman audacieux, drôle et vraiment original mais il manque une certaine dose d'humanité qui existe pourtant dans les tomes précédents, surtout dans le premier et dans les aventures de Jack Spratt (The Big over Easy). Je suis donc un peu déçue, sans doute parce que j'en attends trop. Mais je vais sauter sur le dernier tome quand même!

 

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[Archives] Le Puits des histoires perdues

 

Titre: Le Puits des histoires perdues

Auteur: Jasper Fforde

Éditions: 10/18

Date de parution: 2003

 

Je viens vous annoncer, l'âme en peine, que j'ai d'achevé la lecture du 3e tome Le Puits des histoires perdues de Jasper Fforde. C'est un grand malheur parce que ma bibliothèque ne comporte pas encore le tome 4 et que je suis déjà en manque. Je suis une Next-junkie!

 

 

Le troisième tome est à l'heure actuelle, pour moi, le meilleur livre de la série. Et cela tient essentiellement à la qualité de sa réflexion littéraire. L'uchronie déjantée des premiers épisodes laisse place ici à une utopie (au sens étymologique du terme) puisque le récit se déroule dans le Monde des livres. Jasper Fforde en profite donc pour nous exposer sa vision de l'univers des livres, monde autonome à l'origine du texte (et non créé par le texte), à la pointe de la technologie.

 

 

Pour le plaisir de partager, voici un extrait choisi:

 

"-Ça alors, soupirai-je, m'efforçant de me faire à cette idée. Moi qui ai toujours cru que les romans étaient...écrits, tout bêtement.

 

- Écrire est le terme qu'on emploie pour désigner le procédé d'enregistrement, dit LeRoussi tandis que nous nous remettions en chemin. Le Puits des Histoires Perdues est l'interface où l'imagination de l'écrivain rencontre l'intrigue et les personnages afin de faire sens dans l'esprit du lecteur. Au fond, la lecture est un processus bien plus créatif et imaginatif que l'écriture: quand le lecteur invoque l'émotion, ou les couleurs du ciel au soleil couchant, le parfum de la brise d'été sur son visage, il mérite autant de considération que l'écrivain... voire plus. (...) Les livres c'est comme de la magie." (C'est moi qui mets en gras ici)

 

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"On ne devrait jamais faire l'économie d'une douleur potentielle."

Titre: La Délicatesse

Auteur: David Foenkinos

Date de parution: 2009

 

Nathalie aime François et François aime Nathalie. C'est aussi simple que cela. Jusqu'au jour où François ne rentrera définitivement pas de son jogging. Nathalie s'enferme alors dans le travail pour se reconstruire. Mais le maladroit Markus se faufile dans une faille de la forteresse.

 

Une guimauve?

 

Ce roman se caractérise par une écriture fluide et légère. En effet, les chapitres courts donnent un certain rythme au récit et sont gages d'une grande efficacité. De plus, l'auteur insère des listes en rapport avec le texte entre les chapitres afin d'apporter des pauses humoristiques voire satiriques avec un cachet plus contemporain. On peut aussi noter des clins d’œil à la littérature contemporaine au fil des pages qui crée une forme de complicité avec le lecteur. Enfin, les phrases courtes à la tournure élégante et piquante comme des pointes, proche de l'aphorisme font de ce roman une mine de citations potentielles.

Comme son nom l'indique, la délicatesse est au centre du récit, à la fois dans l'écriture mais aussi dans la romance engagée entre les deux personnages principaux. Néanmoins, si le récit est touchant, il n'en reste pas moins facile. A part le début du roman qui apporte une surprise, le reste du roman manque de force et n'est pas assez percutant. Les personnages, en particulier l'héroïne, Nathalie, manquent de complexité. En effet, le dilemme moral que devrait susciter sa situation, celle de retomber amoureuse après un deuil, n'est jamais évoqué. Or, il aurait considérablement enrichi le texte. On a parfois l'impression que le sujet se réduit à la question de la séduction chez Markus, le personnage masculin, qui est présenté comme sans aucun intérêt, du moins physique. Le récit se réduit alors à une romance superficielle et banale. De nombreux aspects méritaient d'être creusés: le deuil, la culpabilité, le monde de l'entreprise, les préjugés, les racines de l'amour, ...

 

La leçon à retenir: une plume alerte et souriante ne suffisent pas à donner du corps.

 

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[CHALLENGE] 14, un roman efficace

Titre: 14

Auteur: Jean Echenoz

Éditions: Hachette (mais paru à l'origine aux éditions de Minuit)

Date de parution: 2012

 

Je n'avais jamais lu Jean Echenoz, pourtant récompensé par de nombreux prix, notamment le Goncourt en 1999 pour Je m'en vais, jusqu'à ce que je découvre ce petit roman en spécimen dans mon casier.

 

Faites la guerre...

 

Anthime, Charles, Padioleau, Bossis et Ancenel partent à la guerre en 1914. Peu en reviendront. Pendant ce temps, à l'arrière, Blanche mène sa vie.

 

14 c'est le récit de la guerre de 1914 mais sans réécrire ce l'a déjà été mille fois. Echenoz, avec son style sobre et distancié, décrit des faits sans tomber dans le pathétique. Ile ne raconte d'ailleurs pas vraiment la guerre mais de petites scènes lors de cette guerre. Il alterne aussi chapitres au front et chapitres à l'arrière. Et ainsi il dit l'essentiel.

 

Un récit d'acier

 

Le ton de froide distance choisi procure au texte un effet de décalage inattendu qui n'est pas sans ironie. D'ailleurs certains passages sont des hommages à des morceaux d'anthologie de la littérature française. Echenoz arrive à surprendre et intriguer le lecteur en révélant certaines informations importantes pour les habitudes de lecteur de façon impromptue et incongrue, comme si le personnage n'avait besoin ni de psychologie ni d'identité claire. Il est ainsi réduit à sa plus pure expression: un regard sur le monde

 

J'ai beaucoup aimé la netteté, la sobriété et donc l'efficacité de ce très court roman de 80 pages. Il m'a cependant manqué un je-ne-sais-quoi qui m'a laissé un goût d'inachevé, comme si, étrangement, je ne pouvais me satisfaire de cela.

 

NB: Roman lu dans le cadre du challenge "un mois = une consigne". Le mois de mai avait pour consigne: lire un roman historique.

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Re-découvrir Modiano

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[CHALLENGE] Un feelgood book?

Titre: Les derniers jours de Rabbit Hayes

Auteur: Anna McPartlin

Année d'édition: 18 février 2016

 

Au mois de mars, la consigne du challenge "un mois = une consigne" de Livraddict demandait de lire un livre à la couverture printanière. J'avais craqué sur la couverture quand Prettybooks nous l'a montrée sur Instagram. De plus, c'était un coup de coeur pour elle et pour beaucoup d'autres lecteurs. Je me suis donc laissée tenter.

 

Mia Hayes, surnommée Rabbit par son entourage, est en phase terminale d'un cancer généralisé. Elle intègre une maison médicalisée pour ses derniers jours. Le roman raconte donc le parcours d'acceptation de la mort par l'ensemble des personnages: la fille de Rabbit, ses parents, sa soeur, son frère et ses amis.

 

Clairement, ce n'est pas le genre de roman que j'ai l'habitude de lire. Mais il faut savoir sortir de sa zone de confort et s'aventurer hors des sentiers battus. Malheureusement, ce n'est pas du tout le coup de coeur attendu.

 

Un récit touchant sur un sujet délicat

 

Le récit est évidemment émouvant, de part son sujet mais aussi par le réalisme des réactions des personnages: la fuite, le déni, le courage, la douleur, la révélation... Les chapitres alternent les points de vue, ce qui permet de faire connaissance avec chaque personnage et d'inscrire la mort dans leur vie quotidienne. La fin m'a tiré des larmes mais je n'ai ressenti aucune des émotions fortes promises par les critiques des lecteurs.

 

De trop grandes attentes?

 

Qu'est-ce qui bloque? Le style, définitivement. Peut-être parce qu'il s'agit d'une traduction, je n'ai pas apprécié le phrasé de l'auteur. Et j'ai été rebutée par les clichés. Alors, je précise d'emblée que les clichés ne concernent pas les réactions des personnages à la mort. Au contraire, j'ai trouvé que c'était la force du roman. Je parle plutôt de tout ce qui constitue le passé de Rabbit et en particulier son histoire avec Johnny. Dès l'ouverture du livre, on nous raconte cette histoire de groupe de rock dans le garage familiale qui commence à avoir du succès. On nous parle de la jalousie de Rabbit pour la beauté très féminine de sa soeur alors qu'elle est une fille malingre mais au caractère rebelle. J'ai trouvé cela cliché, excessif. Cette vision de l'adolescence me hérisse le poil.

Sans doute suis-je trop difficile ou trop exigeante mais cette histoire entre Rabbit et Johnny est cousue de fil blanc. On a compris dès les premières pages que le souvenir de son amour de jeunesse va lui permettre d'accepter la mort pour le retrouver (à défaut de la religion, thème omniprésent dans le roman). En fait, je crois que c'est le choix même de situer les jeunes gens dans un groupe de rock qui est en passe de rencontrer la gloire qui m'a gênée. Il y a tellement de situation moins clichées, plus complexes à raconter que celle-là... Et si c'était pour aborder le cas de la sclérose en plaque alors il fallait en parler de façon peut-être plus approfondie. J'ai eu l'impression que tout cela était un prétexte pour aborder trop de choses en même temps.

Une piste que j'aurais voulu voir davantage exploitée, c'est celle des extraits du blog de Rabbit. J'ai trouvé que c'était intéressant de voir son point de vue face au cancer. Ces extraits sont cependant peu nombreux et situés à des endroits pas forcément très efficaces. Pourtant, l'effet d'écart entre ce qu'écrivait Rabbit et sa situation aurait ajouté du tragique ou au moins de l'ironie tragique.

Quant à l'humour, je suis habituellement bon public. Beaucoup mettaient en avant l'alternance équilibrée de rire et de larmes mais chez moi ce fut un échec. Je suppose que ces lecteurs ont apprécié les échanges vifs que portent le personnage de Rabbit et celui de sa mère. Et pourtant, cela n'a pas marché chez moi. J'avais toujours cette impression de "surjoué" qui me mettait mal à l'aise, cette énergie du désespoir qui est plus déchirante qu'autre chose.

Je regrette aussi que certains personnages soient trop secondaires. Ils semblaient intéressants mais pas assez creusés: les fils de Grace, la soeur de Rabbit, le voisin et ami de Juliet, les amies de Davey...

 

Qu'en conclure?

 

Je suis sensible aux livres que TOUT le monde aime. Celui-ci est noté 4.82/5 sur Babelio et 4.27 sur Goodreads... Mais de trop grandes attentes réservent forcément de la déception. Il faut aussi que je fasse plus attention aux goûts des blogueuses influentes. Elles dévorent en général du contemporain, apprécient de s'identifier aux personnages, cherchent l'émotion. Ce qui, en soi, n'est pas du tout critiquable. Mais moi, je suis plus sensible au style, à l'ingéniosité de la construction, à la surprise. Au fond, je ne lis pas tant pour me divertir que pour rencontrer des voix originales et puissantes. Et c'est là d'où vient probablement ma déception.

 

Mes critiques des autres livres du challenge:

Janvier: Les Fiancés de l'hiver de Christelle Dabos

Février: Persuasion de Jane Austen

 

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[ACHATS DU MOIS] FÉVRIER

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[LECTURE SCOLAIRE] L'humain est une œuvre d'art comme les autres

Titre: Lorsque j'étais une œuvre d'art

Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt

Édition: Livre de poche

Date de parution: 2002

 

Toujours dans le cadre du "Challenge à 1000" et de la lecture cursive pour les élèves, j'ai lu ce roman conseillé par une amie. Et ce fut une bonne surprise.

 

Le narrateur est un jeune homme désespéré. Il va mettre fin à ces jours parce qu'il n'est rien. Personne ne le remarque parce que ses frères, les jumeaux Firelli sont tellement beaux qu'ils l’éclipsent. C'est au bord de la falaise qu'il va passer un marché faustien avec un artiste mondialement connu, Zeus-Peter Lama. Le narrateur va devenir Adam bis, une création, une œuvre vivante. Mais l'aventure va tourner au cauchemar.

 

Ce roman si plaisant propose à son lecteur de nombreuses réflexions: qu'est-ce que l'art? Qu'est-ce que le beau? Qu'est-ce que l'humanité? Il s'agit, pour moi, d'un parcours initiatique qui reconduit le narrateur à lui-même par la prise de conscience de ce qu'il est réellement. C'est en atteignant les limites de l'humanité, en goûtant à la fascination qu'ont les hommes pour les objets, c'est en quelque sorte en disparaissant que le personnage ouvre les yeux sur la réalité.

Avec des mots simples et émouvants, "Adam" nous entraîne avec lui tout au long de son voyage vers lui-même.

 

Ma note: 16/20

 

 

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[LECTURE SCOLAIRE] Le Laid et la Belle

Titre: Attentat

Auteur: Amélie Nothomb

Édition: Livre de poche

Date de parution: 1997

 

J'ai lu ce roman dans le cadre du "Challenge à 1000" mais ce roman était dans ma PAL "boulot". Je compte le proposer en lecture cursive à mes élèves au sein de la séquence "Quand les poètes jouent avec l'horreur". J'ai trouvé ce titre grâce aux bibliographies thématiques de Babelio.

 

Epiphane Otos est l'homme le plus laid du monde. Rien que le fait de le voir donne la nausée. Alors qu'il se présente à un casting pour interpréter un homme laid, il fait connaissance d'Ethel, la jeune femme la plus belle qu'il n'ait jamais vu. Il en tombe instantanément amoureux.

 

Ce qui pourrait se présenter comme la réécriture de la Belle et la Bête est plutôt une réflexion sur l'antinomie beau/laid ainsi que sur le rôle des apparences. Pourquoi aime-t-on le beau? Le beau est-il purement extérieur? Peut-on aimer quelqu'un de repoussant? La réflexion est intéressante et l'auteur réussit à y intégrer des remarques percutantes sur l'art et le cinéma.

Je ne sais pas si Amélie Nothomb écrit toujours ainsi (c'est le premier roman que je lis d'elle) mais son style m'a semblé agressif et pompeux. Il convient néanmoins parfaitement au personnage d'Epiphane qui est le narrateur. Cette manie de toujours citer des poètes ou auteurs pour illustrer son propos ou encore ce vocabulaire soutenu qui apparaît comme pour signaler son intelligence, tout cela m'agace prodigieusement. Car Epiphane ne m'a pas semblé un personnage attachant. Malgré sa laideur, il est arrogant, cynique et pontifiant. Il imagine que sa laideur lui donne une certaine supériorité naturelle, celle de l'incompris qui croit pouvoir juger ses pairs avec détachement. En fait, Epiphane est snob.

C'est pour cela qu'objectivement le roman est intéressant. Cependant, ce rejet du personnage narrateur, non pas à cause de sa laideur mais à cause de son snobisme et de sa violence m'a empêché de le suivre avec plaisir.

 

Ma note: 13/20

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[La parole est à vous] Wolf présente Chronique d'Hiver de Paul Auster

 

Mon inscription au challenge Livraddict "un mois = une consigne" dont j'ai parlé ici a suscité de l'enthousiasme chez mes amis. Or certains n'ont pas de blog pour s'exprimer alors je leur ouvre mes pages. Bonne lecture à tous!

 

Titre: Chronique d'hiver

Auteur: Paul Auster,

Édition: Babel (Trad. P. Furlan)

Date de parution: 2013

 

C'est pour honorer le mois de janvier du challenge de Livraddict, que je me suis lancé dans la lecture de cet ouvrage. Ayant un goût (récent!) pour la littérature étatsunienne, je choisis ce livre, n'ayant jamais rien lu de Paul Auster, pourtant un maître de la fiction nord-américaine. Et bien m'en a pris!!!

 

Car, disons le tout de go, j'ai adoré ce livre! Comme souvent, le premier abord fut mitigé. Comme si le livre et moi-même, nous nous jaugions, nous nous respirions. Car plusieurs aspects en font une œuvre singulière.

 

D'abord cette chronique (au singulier) est un livre de mémoire de l'auteur. Il m'a semblé évident que ce terme de chronique est très bien choisi. C'est précisément le cas: un récit chronologique de la vie de Paul Auster, comme les Chroniques (au pluriel!) médiévales pouvaient relater les faits historiques. Paul Auster chronique donc sa vie. Oh! Pas la vie d'un super héros, pleine d'actions et d'aventures extraordinaires! Là n 'est pas l'intérêt. La vie d'Auster est riche, pleine de rencontres et de galères mais vécues comme des étapes. De voyages aussi (Francophile, Auster vécut en France, et fut, un temps, traducteur de poètes français). On lit surtout la fabrique d'un auteur, dont la vie, simple, est indissociable de l'œuvre. Juste en rapportant sa vie, Auster montre une richesse insoupçonnée.

 

Et justement, Auster prend un parti des plus originaux pour "chroniquer" son existence. Son récit passe par ses sensations, son corps, ses sens. Il ne raconte pas sa vie par le menu, mais va narrer exhaustivement ses lieux de vie, ses goûts culinaires... toutes les descriptions passeront par les sens, avec des mots simples et dépouillés qui assurent une précision redoutable. Toute sa vie passée au crible de ses sensations. Paul Auster définit d'ailleurs l'ouvrage comme "un catalogue de données sensorielles". C'est étonnant, mais ô combien prenant!

 

Enfin, Paul Auster utilise le tutoiement, ce qui peut paraitre surprenant pour raconter sa propre vie. Comme une mise à distance de lui-même. Mais également, cela interpelle le lecteur et, finalement, permet d'accéder à ce qui est commun à tous et toutes. Car cette vie devient donc celle du lecteur, la mienne, la vôtre. Curieuse sensation également d'un narrateur qui devient omniscient d'une vie qui est la nôtre mais sans l'être réellement. Quelques passages m'ont profondément touché, les dernières pages par exemple, que je me garderais bien de révéler, mais ces quelques lignes également, révélant les pensées qu'un homme peut faire sur sa vie: "L'inventaire de tes cicatrices, surtout celles de ton visage que tu peux voir chaque matin quand tu te regardes dans le miroir de la salle de bains pour te raser ou te peigner. Tu y penses rarement, mais chaque fois que tu le fais, tu comprends qu'il s'agit de marques de vie, que cet assortiment de lignes brisées, gravées sur ton visage, sont les lettres d'un alphabet secret qui raconte l'histoire de la personne que tu es, car chaque cicatrice est la trace d'une blessure guérie, et chaque blessure a été provoquée par une collision inattendue avec le monde". Je trouve cela magnifique et ne me regarde plus dans la glace de la même manière depuis que je les ai lues!

 

Peut-être que ce livre me touche plus parce que je suis un homme. Peut-être parce que chacun de nous se pose des questions, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment et honnêtement, sur son rapport à la vie et au vieillissement. Et simplement, parce que je suis toujours fasciné par les créateurs, par leur personnalité et la vie qui les amène à être ce qu'ils sont. Et ce livre est un formidable récit, témoignage poétique de toute ces questions. Et de ses quelques réponses.

 

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L'amour photographique

Titre: En attendant Robert Capa

Auteur: Susana Fortes

Éditeur: 10/18

Date de parution: 2012

Langue: espagnol

 

Le livre raconte la vie de Gerta Pohorylle, une juive allemande. Elle fuit son pays pour Paris dans les années 1930. Elle y rencontre André Friedmann, un hongrois, photographe. Tous les deux deviendront reporters-photographes de guerre sous les pseudonymes Rober Capa et Gerda Taro pendant la guerre d'Espagne.

 

Gerda Taro c'est la force, le courage de la jeunesse, la fraîcheur brute. Et c'est presque sous la forme du roman d'apprentissage qu'elle s'affirme, toujours plus attachante et admirable. Au milieu de l'Europe des années 1930, sombres, violentes, dans ce monde prêt à basculer dans l'horreur, elle apparaît comme une tâche vive.

Pourtant le titre et la couverture n'évoque pas Gerda mais Robert Capa. D'ailleurs ce titre "En attendant Robert Capa" est intrigant. Il n'est pas sans m'évoquer "En attendant Godot", récit d'une attente vaine et implacable, d'une fatalité ou de la solitude. Dans ce roman, Gerta est souvent en attente de l'homme qu'elle aime, parce que c'est le rôle de la femme à cette époque, éternelle Pénélope. Pourtant, en creux de cette attente, Gerda se construit. Elle se construit parfois contre l'homme qu'elle aime, en résistance et devient GerDa. Elle attend aussi qu'advienne Robert Capa quand André tarde trop. Et c'est parce qu'il tardera trop qu'elle se lancera dans sa dernière aventure photographique en Espagne.

Portée par la langue simple et fluide de l'auteur, cette biographie romancée est une grande et belle histoire d'amour, d'une passion vitale et mortelle. Cet amour tisse un lien étroit entre les nombreux thèmes du livre: la photographie, le rôle de l'image, l'engagement politique, le fascisme, l'antisémitisme.

A la lecture de ce livre, les scènes en noir et blanc, comme des films et photographies de l'époque, défilaient et j'entendais le cliquetis de l'appareil.

 

Ma note: 16/20

 

Quelques photographies très célèbres: Gerda et Robert; "Mort d'un soldat républicain"; portrait de robert Capa; photo de la série "Magnificient Eleven".

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Petit hommage à Michel Tournier

Depuis le début de l'année, nous rendons hommage à un grand artiste (chanteur, comédien, metteur en scène, ...) chaque jour, si bien que cela devient une ritournelle presque agaçante et surjouée.

Je ne veux pas ici faire l'éloge hagiographique de Michel Tournier, encore moins polémiquer à propos de telle ou telle parole qu'il a pu tenir. Je tenais simplement à le remercier, le remercier de m'avoir offert ma première émotion littéraire.

Je me rappelle l'émerveillement ressenti à la lecture de Les Rois mages de Michel Tournier. Il s'agit de l'adaptation jeunesse de son roman Gaspard, Malchior et Balthazar, tout comme Vendredi ou la vie sauvage est la version pour enfant de Vendredi ou les limbes du pacifique. J'ai lu ce roman bien avant mes dix ans. Je me souviens bien du visage de ma maîtresse d'école quand elle a su que j'avais dévoré un "Tournier".

Je sais que je l'ai lu et relu, deux ou trois fois dans mon enfance tant j'étais envoûtée par la beauté de ce texte. C'était la première fois que je dépassais le divertissement, le plaisir de l'action et des énigmes pour accéder à la poésie du langage. J'ai essayé à plusieurs reprises et en vain de dessiner la fin de ce roman, une fin merveilleuse, visuelle et onirique. L'émotion est intacte, encore aujourd'hui, à cette seule évocation.

Pour ce moment de grâce littéraire enfantine, Michel Tournier emporte avec lui toute ma reconnaissance.

 

Dans ma Pile à Lire, il y a, qui m'attendent, avec toute leur poésie contenue, Le Roi des Aulnes, Vendredi ou la vie sauvage. J'y ajouterai tous les autres qui passeront sous ma main.

 

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La muse parisienne

Titre: Kiki de Montparnasse

Auteur: Bocquet (scénario) et Catel (dessin)

Éditeur: Casterman

Date de parution: 2007

 

Il s'agit d'une bande-dessinée biographique (je ne sais si les termes sont exacts) mettant en scène la célèbre Kiki, muse et artiste parisienne du XXe siècle. Femme extravagante, compagne de Man Ray, célèbre "Violon d'Ingres", elle a inspiré de nombreux artistes et faisait tout le sel du quartier Montparnasse pendant l'entre-deux-guerre.

Les chapitres qui retracent la vie riche en rebondissements et en émotions de cette femme sont liés à un lieu et à une période importants de sa vie. 

J'ai dévoré ce roman graphique! (toujours ce problème de genre de l'ouvrage...) Le sexe, la drogue, l'alcool sont abordés sans jugement, ni positif ni négatif, comme un fait, une vérité de l'époque. A travers la vie de Kiki, nous parcourons le milieu artistique parisien, ses différents mouvements et son évolution: le mouvement dada, le surréalisme, le développement du marché de l'art. C'est surtout le portrait du Paris du début du XXe siècle, la ville de la fête, de l’exubérance mais aussi de la misère. Kiki nous emmène même faire une petite excursion aux États-Unis, le temps de voir les débuts du cinéma et du music-hall.

J'ai tellement aimé que j'ai presque trouvé l'ouvrage trop court. Par exemple, les années 1940 sont totalement évacuées et on ne sait pas vraiment ce que devient Kiki à cette époque. En même temps, comment faire le récit de la déchéance d'une icône? Cette période de sa vie est résumée d'une façon poignante et assez significative lors de sa dernière rencontre avec Man Ray.

A la fin de l'album, on trouve la biographie très chronologique de Kiki ainsi qu'une brève notice de tous les personnages importants qu'elle croise.

En découvrant ce personnage haut en couleurs, j'ai vraiment été dévorée par l'envie de voir toutes les œuvres mentionnées. Découvrir Kiki, c'est visiter une galerie d'art recensant les plus grandes œuvres modernes du XXe siècle.

Une superbe découverte!

 

Ma note: 19/20

 

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Un petit roman sur la résistance

Titre: Les Enfants de la liberté

Auteur: Marc Lévy

Éditeur: Pocket

Date de parution: 2007

 

Quand on prononce le nom de Marc Lévy, on constate souvent chez l'interlocuteur qui se pique d'aimer la "grande" littérature un froncement de nez marquant le mépris.

Cependant, moi qui me pique aussi d'aimer la littérature, j'avoue sans honte avoir lu Et si c'était vrai deux fois et d'avoir versé ma larme à chaque fois. Donc j'ai abordé Les Enfants de la liberté sans a priori, d'autant qu'il s'agissait d'un cadeau.

Ce roman met en scène comme narrateur Raymond Lévy, le père de l'auteur, surnommé Jeannot à partir du moment où il entre en résistance. C'est avec son frère Claude qu'il rejoint la brigade "Marc Langer" des MOI (Main-d’œuvre Immigrée) toulousains. Dans la première partie, Raymond raconte les différentes actions qu'il mène contre l'armée occupante. La deuxième partie s'ouvre après l'arrestation de Raymond. Il est alors conduit en prison. Enfin, la troisième partie raconte sa déportation vers Dachau, dans un interminable périple en train.

Sans trouver ce roman d'une qualité incroyable, il a au moins le mérite de présenter un aspect moins connu de la résistance: celle des Juifs et des étrangers. J'ai aussi découvert ce qui pouvait se passer en prison, comment on traitait les prisonniers. J'ai particulièrement apprécié les prolepses qui nous indique l'avenir des différents personnages qui apparaissent. Certaines sont rassurantes, d'autres absolument abjectes mais toutes significatives du contexte de guerre...Ce n'est pas seulement un récit de guerre mais surtout celui de jeunes gens au désir d'avenir enfermés dans la guerre.

En quelques mots, ce n'est pas un chef-d’œuvre mais le récit est émouvant, dynamique et on y trouve de très jolies formules:

"J'avais du temps dans mes poches" (p.11)

Et vous, vous aimez Marc Lévy?

 

Ma note: 11/20

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Un récit digne de la mythologie

Titre: La Mort du roi Tsongor

Auteur: Laurent Gaudé

Éditeur: Actes Sud

Collection: Babel

Date de parution: 2002

 

Prix Goncourt des Lycéens 2002

 

   Le vieux roi Tsongor, roi de Massaba s'apprête à marier sa fille Samilia. Alors que la vie du roi doit atteindre son apogée par ce mariage, la mort frappe à la porte sous différentes formes: Katabolonga, le porteur du tabouret d'or, son plus proche ami voit le terme de sa promesse arriver; un nouveau prétendant revendique la main de Samilia. Une guerre va éclater. Le vieux roi Tsongor ne sait comment sortir son royaume de cette situation inextricable. Le plus jeune des fils du roi devra parcourir le royaume de son père afin de laisser sept sépultures, comme sept visages du roi.

   Dans un lieu imaginaire et mythique, la trame du roman tisse un magnifique voyage initiatique et une épopée digne des grands mythes antiques. Héros, quêtes, combats sont les ingrédients d'un récit tragique au nœud insoluble. La langue à la fois simple et sensuelle envoûte le lecteur et l'emporte sans lui faire oublier la dimension éminemment humaine des enjeux. En effet, la question du deuil, du sacrifice, de l'orgueil sont autant de thèmes qui hantent les plus grandes oeuvres de la littérature. Ici, la question qui m'a semblé la plus essentielle et la plus bouleversante est celle de l'identité de nos proches. Quel est le vrai visage d'une personne? Est-il le même pour tous? Ces visages sont-ils les facettes d'une même personne?

   J'ai été sous le charme de ce roman et de la langue de Laurent Gaudé. Ce livre constitue pour moi un écho à l'Iliade, aux grandes fresques épiques médiévales. Une magnifique découverte!

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Ne lâche pas ma main, Michel Bussi

Titre: Ne lâche pas ma main

Auteur: Michel Bussi

Éditeur: Presses de la Cité

Date de parution: 7 mars 2013

 

Nous sommes là pour parler du dernier roman de Michel Bussi, Ne lâche pas ma main à paraître le 7 mars 2013 au Presses de la Cité. 

Sur l'île paradisiaque de la Réunion, Liane Bellion disparaît d'un grand hôtel luxueux. Son mari prend bientôt la fuite avec leur fille de six ans. La course-poursuite est lancée pour attraper le suspect. Les cadavres pleuvent dans le sillage des fuyards et il y a dans cette fuite comme un goût de désespoir.

Il y a là tous les ingrédients d'un bon roman policier: rebondissements inattendus, révélations inquiétantes, dépaysement et rythme alerte. L'action est ramassée, condensée sur quelques jours. Michel Bussi, à son habitude, multiplie les points de vue dont un, très original, celui de la fillette qui suit son père et doute de son innocence. Chaque personnage apporte son passé, son lot d'éclaircissements et de complications, sa touche à l'enquête. La Réunion, île fascinante et inquiétante, ressemble à un piège où les destins s'imbriquent, s'emmêlent. Comme dans les précédents romans, le lecteur est tenu en haleine par une action sans temps mort. L'intrigue est brillamment menée et maintient le suspens dans de courts chapitres qui laissent le lecteur sur sa faim. Michel Bussi maîtrise l'art du polar et celui de manipuler son lecteur jusqu'au bout.

Le seul bémol que j'apporterais à cette critique positive, c'est que Ne lâche pas ma main ne tient pas la comparaison face à Nymphéas noirs parce qu'il me semble moins abouti, et ce pour deux raisons principales:

- l'intrigue de Nymphéas noirs était surprenante, peu ique et touchante. Les époques, les vies s'y mélangeaient par touches impressionnistes dans un effet très pictural. La musique et la mélancolie qui se dégageaient du texte dépassaient le cadre du simple roman policier.

- la région normande, Giverny, le cadre de Nymphéas noirs, c'était chez moi. J'y voyais les couleurs, j'y sentais les odeurs, j'y situais les lieux. La Réunion, je ne connais pas et même si Michel Bussi rend la chaleur, la musique du créole, la grandeur des paysages et l'ambiance métissée palpable, ce déracinement m'a moins touchée. Je ne suis donc pas objective dans mon choix mais je tenais à le préciser par honnêteté.

Je remercie les éditions Presses de la Cité et l'opération "Masse critique" du site Babélio de m'avoir donné l'occasion de découvrir le dernier roman, d'un auteur que j'apprécie.

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Voltaire mène l'enquête chez les libertins de tous bords.

Titre: Meurtre dans le boudoir

Auteur: Frédéric Lenormand

Editeur: JC Lattès

Date de parution: 1er février 2012

 

Il n'y a pas à proprement parler de librairie là où j'habite. Alors dès que je peux aller chez ma libraire préférée à Vernon, j'y cours, vole et me venge de ces semaines de frustration! De ma dernière excursion, j'ai rapporté dans mes valises Voltaire mène l'enquête: Meurtre dans le boudoir de Fréderic Lenormand. Ce qui m'a attiré? La couverture légèrement grivoise et le siècle des Lumières!

Le roman se situe au XVIIIe siècle alors que Voltaire tente de faire publier ses Lettres philosophiques anglaises malgré la censure. Notre philosophe grognon et hypocondriaque se trouve mêlé à son corps défendant à une série de meurtres surprenants. En effet, le tueur frappe dans les lieux libertins et semble suivre l'intrigue d'un livre licencieux.

L'intrigue du roman s'appuie sur la correspondance de Voltaire et sur d'autres écrits de l'époque qui sont cités en fin d'ouvrage. Mais il faut bien l'avouer, l'intrigue policière n'est pas vraiment au centre du roman et ce n'est pas ce qui en fait le sel: elle met longtemps à se mettre en place et est vite expédiée. Certains liens se font tardivement et peu clairement d'ailleurs.

Cependant l'auteur nous entraîne dans un roman léger et sautillant, plein d'ironie et d'humour ... très voltairien. Voltaire, le célèbre philosophe, est ici un vieil hibou, avare et pédant, accompagné de la délicieuse Emilie du Châtelet. Ce couple découvre un tout autre libertinage que celui de la pensée voltairienne et l'on se demande bien quel est le plus savoureux des loukoums dégustés sur un corps nu ou des contes orientaux philosophiques.

A dévorer sans complexe comme une sucrerie.

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Un roman sur la fin de l'empire romain.

Titre: Un goût d'amandes amères

Auteur: Hella S. Haasse

Éditeur: Acte Sud

Collection: Babel

Date de parution: juin 1999

 

L'histoire se situe en 417 ap. J-C. L'Empire romain est devenu chrétien et règne l'empereur chrétien Honorius. Les cultes paiens sont désormais interdit. Au cours d'un procès contre un noble qui aurait organisé une cérémonie sacrificielle, le préfet Hadrianus, craint et rigide, se trouve face à un certain Niliacus ou Pro Se qui se révélera être Claudius Claudianus, poète juif proscrit. Ces deux hommes entretiennent des relations complexes qui ne sont pas sans rapport avec les transformations profondes que connaît la société romaine.

C'est le genre de roman auquel il faut donner une chance. De premier abord, il est ardu. Les changements de narrateurs ne sont pas annoncés et les monologues réflexifs égarent le lecteur. Cependant, c'est un roman profond qui nous permet de sentir intensément les peurs et violences que fait naître les bouleversements d'une société. Les deux univers se considèrent, entre fascination et aversion.

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