{Bilan 2016} Vers une année plus riche en lectures?

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{Entretien} Le romantisme est-il encore possible?

Pour répondre à cette question, je vous propose un entretien avec Thibault Loucheux, un jeune écrivain qui signe son premier roman, Mémoires d'un Mécontemporain.

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{On est rendu à Loches!} Un Noël Royal au château.

C'est bien beau d'aller visiter les châteaux pour Noël, mais autant visiter celui qu'on a dans sa ville. Je me suis donc rendue à la cité royale de Loches pour découvrir le logis royal décoré pour les fêtes.

J'avais été attirée par leur campagne de communication. D'abord, leur affiche m'a tout de suite plu par la joie et l'humour qu'elle dégage. Et puis leurs vidéos en association avec le vidéaste Ben de la chaîne Nota Bene présentant des recettes médiévales ont achevé de me convaincre d'y faire un tour.

 

Un logis royal à découvrir

 

Il faut savoir que c'est un château sans mobilier et c'est un parti pris. En effet, vous n'êtes pas sans savoir que ces châteaux n'étaient pas meublés. La cour, ambulante, transportait son propre mobilier et l'installait lors de ses haltes. Les pièces peuvent donc paraître vides. Suivez donc la/le guide (les visites guidées sont gratuites) qui vous présentera à la fois l'architecture du château et la vie de ses illustres habitants et vous racontera quelques scènes historiques.

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{Sortie} Evasion réussie!

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Christmas is coming!

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{Ambiance de Noël} Le Louvre des écrivains aux éditions Citadelles et Mazenod

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{Ambiance de Noël} La collection "Histoires d'antan" aux éditions Alzabane

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{Ambiance de Noël} La Symphonie des Songes

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{Le mois du polar} A la Brocante du cœur de Robert Cormier

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{Le mois du polar} Pandore et l'ouvre-boîte de Postel et Duchâtel

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{Le mois du polar} Polycarpe, T.3, Le Nègre en chemise de Claudine Chollet

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{Le mois du polar} Maelström de Stéphane Lemarchand

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{Le mois du polar} Polar sur Loire, une première édition réussie

Petit bilan du salon Polar sur Loire 2016.

 

La première édition de Polar sur Loire a eu lieu aujourd'hui à la salle Ockeghem, place Châteauneuf.

Parlons déjà du lieu choisi: le cadre était vraiment impressionnant avec sa voûte d'ogives.

Dès l'entrée, on pouvait trouver une grande table avec tous les livres proposés par les auteurs. J'ai trouvé que c'était une très bonne idée car cela enlevait le rapport commerçant que l'on peut avoir avec les auteurs dans les salons. Cela leur permet de vraiment parler de leurs œuvres sans que le potentiel lecteur se sente pris au piège par peur de vexer un auteur en n'achetant pas son livre. En plus, aspect non négligeable, cela permettait de payer tous les livres d'un coup et avec la carte bleue.

Les organisateurs avaient prévu deux tables-rondes. La première à 11h portait sur l'écriture à quatre mains. En effet, deux des organisateurs écrivent avec un co-auteur. Le troisième intervenant était Eric Maravélias. La deuxième table-ronde, celle de l'après-midi à 15h, portait sur l'écriture de séries aux personnages récurrents et était animée par Maeve, une blogueuse tourangelle de choc.

J'ai profité du salon pour revoir Béatrice Egémar que j'apprécie beaucoup. Mais le salon était surtout l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs et de se laisser tenter par de très (trop) nombreux romans. Les auteurs étaient particulièrement accessibles, sympathiques et joyeux. Il était donc très plaisant d'avoir le temps de discuter avec eux et de ne pas se contenter de se faire dédicacer les premières pages.

Une première édition réussie et de qualité. Félicitations aux organisateurs! J'attends la deuxième édition avec impatience.

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{Le mois du polar} Clair-Obscur en Chartreuse de Mary Play-Parlange.

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{Le mois du polar} Meutres à Fontevraud de Denis Soubieux et Monique Debruxelles

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{Le mois du polar} Polar sur Loire

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Ma Pile à Lire de voyage: La Grèce

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"Ma peinture et votre récit sont semblables: subjectifs et idéalisés"

Titre: Le Peintre et la voyageuse

Auteur: Patricia Almarcegui

Editions: Intervalles

Date de publication: 2016

 

Dans l'imagination de l'auteur, Lady Montagu, voyageuse et femme de lettres du XVIIIe siècle et Ingres, célèbre peintre du XIXe siècle se rencontrent. A l'ouverture du roman, Ingres est en mal d'inspiration. Il n'a plus le désir de peindre. Il décide donc de se retirer à la campagne. Mais il a fait la rencontre de la fascinante voyageuse lors de la représentation de l'opéra Orphée et une relation s'installe entre eux. Au fil de leurs entrevues, un véritable échange se fait autour de l'art, des femmes, de l'enfance, de l'amour,... Jusqu'à retrouver le goût de peindre.

 

J'ai passé un bon moment en compagnie des tableaux aimés ou peints par Ingres et des récits d'Orient proposés par la voyageuse. Les entretiens entre ces deux personnages sont enrichissants et posent la question fondamentale de la place de la femme dans l'imaginaire artistique, en particulier de la femme orientale. Lady Montagu défend une vision très moderne de la femme de harem et remet en question la perception occidentale, s'inscrivant ainsi dans la tradition des Lumières. L'hypotypose (description réaliste et animée d'une oeuvre d'art) finale est stupéfiante et constitue pour moi l'apogée du roman.

Si certains passages m'ont semblé un peu surfaits voire clichés, l'ensemble du roman fait voyager de Venise à Paris en passant par la Turquie et la campagne française mais il fait surtout voyager dans les univers picturaux et sensoriels des deux personnages.

 

Je crois que ce qui m'a empêchée de rentrer totalement dans le roman c'est une certaine superficialité des personnages. Non pas qu'on ne connaisse pas leurs pensées et émotions mais j'ai parfois trouvé que cela manquait de sel, de complexité. Ainsi, l'admiration que l'auteur porte à Lady Montagu la conduit à en faire un personnage parfait, qui est belle, admirée de tous, originale et qui comprend à la perfection la psychologie de ses interlocuteurs. Et c'est là que je ne m'y retrouve pas. De plus, le style m'a paru un peu brut, un peu sec, peut-être maladroit. Mais je le mets aussi sur le compte de la traduction. A noter, quelques erreurs de syntaxe malheureuses, quand l'auteur cite les lettres de Lady Montagu sans établir les changements nécessaires à la nouvelle situation d'énonciation.

 

Le bilan est donc mitigé mais c'est que je deviens un public difficile. Le roman était ambitieux et j'en attendais encore plus. Il se lit néanmoins très bien et la qualité indéniable de l'objet-livre a participé au plaisir de la lecture.

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{Instantanés de poésie} Jacques Prévert, Paroles

Au café "Chez Fraisse", Rue de Seine - Paris 1958 © Ateliers Robert Doisneau
Au café "Chez Fraisse", Rue de Seine - Paris 1958 © Ateliers Robert Doisneau

Jacques Prévert, Paroles, "Je suis ce que je suis", 1946

 

Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j’ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J’aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi

 

Je suis faite pour plaire
Et n’y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu’est-ce que ça peut vous faire

 

Ce qui m’est arrivé
Oui j’ai aimé quelqu’un
Oui quelqu’un m’a aimé
Comme les enfants qui s’aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer.

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Au rayons bandes-dessinées, des nouveautés.

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{Sortie} Lecture théâtralisée autour d'Antigone

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{Instantanés de poésie} Louise Labé

J'inaugure ici une nouvelle catégorie d'articles. Longtemps, je me suis demandée comment vous partager mes lectures de recueils poétiques. Il est difficile de faire un résumé et je ne voulais pas tomber dans l'analyse universitaire. Alors, je vous propose un poème tiré du recueil que j'ai lu. Le choix sera toujours subjectif. Je ne choisirai pas forcément le plus connu ou le plus intéressant au niveau de l'analyse mais celui qui me parle le plus, qui converse avec moi.

Sur ce, bonne lecture.

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"Ces détails invitent à fantasier" Fantasions donc!

Titre: Contes et légendes des châteaux de la Loire

Auteur: Nicole Lazzarini

Editions: Ouest-France

Date de parution: 2011

 

Attirée par la couverture dans la boutique souvenir du Château du Rivau, j'avais craqué pour ce recueil qui s'annonçait ainsi:

"Si les châteaux de la Loire constituent un patrimoine artistique exceptionnel lié aux souvenirs et rêves de l'enfance, ils sont loin de représenter le monde magnifique et magique des contes de fées habité par des reines et des rois enjoués, entourés de châtelaines ravissantes, de princes charmants et d'amis courtois. Certes, ces somptueuses demeures séculaires - Chambord, Chenonceau, Amboise, Azay-le-Rideau, Cheverny, Montsoreau... - ont accueilli des personnages historiques puissants, des rencontres politiques déterminantes, des fêtes féeriques inoubliables ! Néanmoins, il s'y tramait aussi maintes intrigues, il s'y nouait moult complots, il s'y déroulait bien des drames ! Souvent drôles, parfois cruels, toujours auréolés de mystère, ces soixante-cinq récits, enracinés dans la tradition et le fabuleux passé de cette région à la forte identité culturelle et à la douceur de vivre enchanteresse, invitent le lecteur à une promenade imaginaire troublante et captivante."

 

Des contes? Où ça?

 

Le lecteur s'attend donc à passer un moment parmi les contes et légendes locales. C'est alors une totale déception! Il n'y a qu'un seul chapitre qui ressemble vraiment à un conte ou à une légende: le loup-garou de Les Hayes-Gasselin, et encore l'auteur ne laisse pas s'installer la peur et le frisson. Je ne dis pas que les contes et légendes sont absents de ce recueil mais ils ont une bien petite place. Deux raisons à cela: les chapitres sont courts et très nombreux. Ils ne peuvent donc pas laisser la place à un développement conséquent qui emporterait un peu le lecteur.

 

Trop de châteaux, tue le château...

 

Le parti pris est plutôt d'évoquer le plus de châteaux possible. Serait-ce dans un souci d'exhaustivité ou d'équité? Cela affaiblit en tout cas de beaucoup le recueil car il semble clair que pour certains lieux, l'auteur n'avait rien d'intéressant à raconter et se raccroche donc à tout ce qu'elle peut. Il en est de même pour la narration. Nous ne sommes pas là dans une posture de conteuse mais plutôt dans un catalogue d'anecdotes historiques plus ou moins bien mené. En effet, trop souvent l'auteur commence par décrire ou faire l'éloge du lieu, rappelle sa construction, ses habitants, les événements qui y sont liés avant de finir sur la légende qui est mentionnée en quelques mots, si bien que le lecteur ne trouve pas un recueil de contes et légendes mais des notices touristiques bien rédigées. Bref, c'est la désillusion, la déception, la déconfiture comme l'écrirait l'auteur.

 

Au pourpris bien mussé

 

L'autre aspect majeur de ce recueil c'est la langue. Là encore c'est un vrai choix ou alors l'auteur a un phrasé naturel étrange. Le vocabulaire choisi est volontairement vieilli ou régional et plutôt que le commun "château", le lecteur découvre "pourpris", ce qui ne signifie pas vraiment la même chose ou encore "musser" pour "cacher". C'est donc un festival de mots peu communs mais qui donne un effet vieilli pas forcément déplaisant même si à force il devient redondant. L'autre choix, et c'est là je trouve le point le plus intéressant, c'est le jeu sur les rythmes et sonorités. Je vois dans ce travail d'associations sonores souvent ternaires une tentative de retrouver la dimension orale du conte, proche de la poésie, faite de jeux de mots, de rimes et d'échos sonores. Voici un exemple au hasard des pages: "des demi-déesses dévouées, déliées et délicates - ses sémillantes et séduisantes filleules, Cher, Indre et Vienne". Cet effet ne facilite pas la lecture mais dans la perspective d'une lecture à haute voix, je pense que cela peut avoir son petit effet.

 

Alors, heureuse?

 

Est-ce que je regrette mon achat? Pas vraiment. Certes, ce livre ne m'a pas emballée mais il reste un éveilleur de curiosité. Il donne envie d'en savoir plus, d'aller voir sur place. J'y picorerai sûrement selon mes envies à l'occasion. Il est peut-être d'ailleurs préférable de ne pas le lire d'un seul coup mais d'y mettre le nez de temps en temps, avant une balade en Touraine par exemple.

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[ACHATS DU MOIS] JUILLET-AOÛT

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"La poésie est la cocaïne de la littérature."

Titre: Le début de la fin

Titre original: First among sequels

Auteur: Jasper Fforde

Editions: 10/18

Date de parution: 2009

 

 

Nous retrouvons dans ce tome 5, Thursday Next 14 ans après sa dernière aventure. Elle est à présent installée avec Landen et a trois charmants enfants: Friday, Tuesday et Jenny (étrange ce prénom dans la liste! Il y a là anguille sous roche... Wait and see!). Elle ne travaille plus pour le service OS-27 (police de la littérature) puisqu'il a été démantelé mais à Zenith-Moquettes... Cependant, elle est loin d'en avoir fini avec le monde des livres puisqu'elle est toujours agent de la jurifiction. Dans ce tome, le monde est menacé par un Excédent de Bêtise, la fin des Temps et le monde des livres subit une lente décomposition jusqu'à tenter sa chance avec la télé-réalité. Thursday Next n'est pas au bout de ses peines.

 

Une saga à suivre

 

Vous n'avez rien compris au résumé? Tout cela vous semble totalement absurde? C'est tout à fait normal. Il s'agit d'une saga qui ne se prend pas en cours de route et qui carbure à l'humour anglais. L'univers s'est complexifié et enrichi au cours des épisodes et l'auteur ne s’embarrasse que peu d'un "résumé des épisodes précédents". Or tous les tomes s'enchaînent intimement. Autant vous dire que j'ai eu un peu de mal à suivre celui-ci puisque j'avais lu le tome précédent en 2010....

 

Je suis une Fforde-addict

 

Ce tome semble avoir deux vitesses. La première moitié, assez immersive, pose le cadre et les jalons de l'intrigue sur un rythme assez lent. Puis une accélération progressive fait s'enchaîner les rebondissement jusqu'à l'apogée finale qui laisse le lecteur essoufflé sur un cliffhanger de dingue. L'auteur ose même s'interrompre au milieu d'une phrase! Je ne vous dis pas l'intense sentiment de frustration...

 

Comme à son habitude, Jasper Fforde mêle avec brio les fils de plusieurs intrigues à la fois dans le monde de Thursday Next mais aussi dans le monde des livres. D'ailleurs le monde imaginé par cet auteur est si foisonnant et délirant qu'on en perd un peu la tête. Cette fois, Thursday visite plus ou moins de son plein gré les marges du monde des livres...

 

Ce que j'aime dans la série des Thursday Next, en dehors de l'univers loufoque, c'est qu'il y a toujours une part de satire à la sauce ironique typique des Anglais. J'ai donc savouré la réflexion sur le rapport au temps qu'entretient la société moderne où tout semble s'accélérer et où l'on vit dans une immédiateté mortifère, dans la consommation et le plaisir facile. Quant à la gestion politique de l'Excédent de Bêtise, c'est touts simplement hilarant!

 

Une bon tome, plein d'actions et de folie Ffordienne où l'on retrouve avec plaisir notre héroïne favorite.

 

 

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"On ne devrait jamais faire l'économie d'une douleur potentielle."

Titre: La Délicatesse

Auteur: David Foenkinos

Date de parution: 2009

 

Nathalie aime François et François aime Nathalie. C'est aussi simple que cela. Jusqu'au jour où François ne rentrera définitivement pas de son jogging. Nathalie s'enferme alors dans le travail pour se reconstruire. Mais le maladroit Markus se faufile dans une faille de la forteresse.

 

Une guimauve?

 

Ce roman se caractérise par une écriture fluide et légère. En effet, les chapitres courts donnent un certain rythme au récit et sont gages d'une grande efficacité. De plus, l'auteur insère des listes en rapport avec le texte entre les chapitres afin d'apporter des pauses humoristiques voire satiriques avec un cachet plus contemporain. On peut aussi noter des clins d’œil à la littérature contemporaine au fil des pages qui crée une forme de complicité avec le lecteur. Enfin, les phrases courtes à la tournure élégante et piquante comme des pointes, proche de l'aphorisme font de ce roman une mine de citations potentielles.

Comme son nom l'indique, la délicatesse est au centre du récit, à la fois dans l'écriture mais aussi dans la romance engagée entre les deux personnages principaux. Néanmoins, si le récit est touchant, il n'en reste pas moins facile. A part le début du roman qui apporte une surprise, le reste du roman manque de force et n'est pas assez percutant. Les personnages, en particulier l'héroïne, Nathalie, manquent de complexité. En effet, le dilemme moral que devrait susciter sa situation, celle de retomber amoureuse après un deuil, n'est jamais évoqué. Or, il aurait considérablement enrichi le texte. On a parfois l'impression que le sujet se réduit à la question de la séduction chez Markus, le personnage masculin, qui est présenté comme sans aucun intérêt, du moins physique. Le récit se réduit alors à une romance superficielle et banale. De nombreux aspects méritaient d'être creusés: le deuil, la culpabilité, le monde de l'entreprise, les préjugés, les racines de l'amour, ...

 

La leçon à retenir: une plume alerte et souriante ne suffisent pas à donner du corps.

 

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"Goods girls go to Heaven, bad girls go to Amsterdam"

Titre: Les grandes jambes

Auteur: Sophie Andriansen

Editions: Slalom

Date de parution: 9 juin 2016

 

Marion est en 5e et vit un véritable drame: elle n'arrête pas de grandir et par conséquent elle ne trouve aucun jean à sa taille. Ses maudites chaussettes apparaissent toujours. En plus de ce complexe préoccupant, il y a Grégory, un collégien qui déclenche son radar à tous les coups. Mais un projet scolaire autour des peintres flamands et d'un voyage à Amsterdam va donner un autre éclairage à sa vie d'adolescente.

 

Car les voyages, c'est bien connu, forment la jeunesse.

 

Je dois avouer que le premier contact avec ce court roman a été rude. Alors que Marion ressent humiliation sur humiliation dans sa cabine d'essayage, elle se permet d'émettre un avis cruel sur les rondeurs d'une vendeuse. L'immaturité du personnage est clairement annoncée d'entrée de jeu. Marion est moquée, mais elle-même est loin d'être à l'abri de ce travers!

Hormis cet écart dès l'ouverture du roman, Marion reste un personnage agréable, très proche des pré-adolescents que l'on connaît: versatile, agaçante parfois, touchante souvent. Le roman aborde de façon très simple et juste les déboires des années collège: les émois amoureux, les moqueries et humiliations, les peurs. Mais la leçon de l'auteur, c'est que tout cela s'efface devant l'art ou la force de grandes figures comme Anne Frank. En effet, le voyage à Amsterdam atteint l'objectif qu'on prête à tout voyage: le décentrement salutaire.

La Ronde de Nuit de Rembrandt ouvre et le roman et devient presque un personnage à part entière du récit. Il agit comme un guide initiatique auprès de Marion et lui révèle que les choses peuvent être plus simples qu'on ne le croit. La description du tableau, véritable ekphrasis, s'anime tellement qu'on pourrait croire Marion frappé du fameux syndrome de Stendhal.

Ce que j'ai préféré dans ce roman, en plus de l'intégration d'une œuvre d'art classique au sein du récit, c'est la capacité de l'auteur de traiter des sujets divers concernant au plus près les adolescents de façon légère et parfois comme en passant. Ainsi glisse-t-elle quelques réflexions pertinente sur l'intégration des étrangers ou encore sur les vocations.

Un bon roman pour les jeunes lecteurs s'apprêtant à entrer au collège.

Encore merci aux éditions Slalom qui m'ont fait gagner ce roman.

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" La fin des livres signerait la fin de l'humanité."

Titre: Les Autodafeurs, Tome 1. Mon frère est un gardien.

Auteur: Marine Carteron

Éditions: Rouergue

Collection: Doado

Date de parution: mai 2014

 

Sur les conseils d'une libraire enthousiaste, j'ai mis mon nez dans le premier tome des Autodafeurs et je ne regrette absolument pas mon incursion dans cet univers.

 

Auguste Mars, un adolescent banal et sa sœur pas banale perdent brusquement leur père dans un "accident" de voiture. Auguste découvre alors qu'il n'est pas si banal que cela puisque sa famille appartient à une confrérie millénaire. Avec l'aide de sa sœur Césarine, de Néné, l'ami improbable, et de sa famille, Auguste va être confronté à sa première épreuve.

 

L'Indiana Jones des bouquins

 

Dans une langue simple et proche de l'oral, l'auteur nous entraîne dans une aventure originale à la suite d'un héros qui ne se prend jamais vraiment au sérieux. Ce récit d'aventure haletant ne connaît aucune longueur et alterne humour et actions avec un grand dynamisme. L'ensemble m'a fait délicieusement pensé à un Indiana Jones.

 

Il faut sauver les livres!

 

Le roman redonne à la littérature, à l'histoire et à la culture en général, une place qu'elle a tendance à perdre auprès des jeunes. En effet, l'auteur s'appuie sur des références historiques pour les mettre au service de la fiction et dans le même temps intègre au récit des références actuelles à la culture populaire adolescente. Ce mélange enrichit le roman et redynamise le rapport à la culture et aux livres jugés trop souvent ennuyeux et "vieux".

L'univers du livre, de la littérature et du savoir est présenté ici comme un trésor à protéger, et c'est, à mon sens, le message le plus important.

Il est à noter que le latin est, dans ce roman, utilisé comme langue de communication internationale. C'est le genre de détail qui change tout pour moi et qui fait battre mon petit cœur de latiniste.

 

Une longue citation à méditer (p. 73-75) dont voici un extrait:

" - "Quel trésor représente le livre! Et quelle indépendance il autorise! Quel compagnon à l'heure de la solitude! Quelles munitions il fournit! Quel éventail d'informations et quel prodigieux spectacle! Quel compagnon en terre d'exil! Le livre est un vase plain de savoir, un récipient imprégné de raffinement, une coupe remplie de sérieux et de plaisanterie... Qui donc - mieux que le livre - est à la fois médecin et nomade, byzantin et hindou, persan et grec, mortel et immortel? Allons plus loin, quand donc as-tu vu un jardin transportable dans une manche, un être qui parle à la place des morts et qui est l'interprète des vivants? Le livre ne te flatte pas outrageusement, c'est un compagnon qui ne t'ennuie pas. (...) "

 

Je n'ai qu'une seule chose à ajouter: c'est exactement le roman que j'aurais aimé lire adolescente et surtout que j'aurais adoré écrire.

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[CHALLENGE] Un roman pétillant de soleil

Titre: Les Petites Reines

Auteur: Clémentine Beauvais

Éditions: Sarbacane

Date de parution: 1 avril 2015

 

Récompensé par de nombreux prix, en particulier le prix Sorcières 2016 et élu meilleur livre jeunesse de 2015 par le magazine Lire, ce roman de Clémentine Beauvais est nommé pour le prix des Incorruptibles. Sa couverture chatoyante et les excellentes critiques que l'on peut lire çà et là m'ont conduite à acheter ce roman afin de pouvoir le conseiller à mes élèves. Comme ce roman se déroule en été, j'en ai profité pour lire ce roman dans le cadre du challenge "Un mois = une consigne" sur le site Livraddict.

 

Roule ma poule!

A la fin de l'année scolaire, trois jeunes filles, Mireille, Astrid et Hakima, découvrent sur Facebook qu'elles ont été élu boudins de l'année par des camarades crétins. Poussées toutes les trois par des motifs différents, elles décident de gate-crasher la garden-party donnée par la présidente de la République pour le 14 juillet à Paris. Afin de rejoindre Paris, elle choisissent d'enfourcher leur vélo et de vendre des boudins en route pour financer leur expédition.

 

Qui veut des boudins?

Clémentine Beauvais signe un roman dynamique, frais et joyeux. Avec un humour fracassant et toujours franc, l'auteur aborde le sujet complexe de l'apparence chez les adolescents. Le lecteur a l'habitude de suivre une héroïne mal dans sa peau mais qui se révèle finalement très jolie au terme d'un parcours initiatique. Or, ce roman déjoue toutes nos attentes. Ces trois jeunes filles ne sont pas belles, et ce, du début à la fin. Et l'expédition à vélo n'est pas le prétexte à un message sur l'amaigrissement par le sport. C'est la grande force de ce roman: ne jamais tomber dans le pathos et dans la facilité. Sans concession, le roman tisse différents sujets: le féminisme, la famille, la cruauté des rapports adolescents, les réseaux sociaux. Le récit s'ancre dans une réalité très contemporaine grâce à des tweets et des citations de Tripadvisor fictifs et fait souvent référence à l'actualité politique, toujours avec ce regard décalé, ce pas de côté jouissif.

La fin a réussi à me surprendre en proposant une scène mature et qui ne tombe jamais dans le mièvre et le sentimentalisme. La morale reste, à mon avis, implicite et positive. C'est pour cette raison que ce roman est un véritable coup de cœur.

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Un roman jeunesse dans le Paris bohème et artistique

Titre: Elle posait pour Picasso

Auteur: Béatrice Egémar

Collection: Courants Noirs

Éditions: Gulf Stream

 

A ma grande déception, la collection "Courants noirs" n'existe plus. Pourtant, elle compte de bons romans historiques et policiers. Béatrice Egemar en a écrit trois dans cette collection. Voici celui situé à l'époque la plus récente: le début du XXe siècle.

 

Intrigue à Montmartre

 

Emile, le narrateur, une jeune homme de dix-huit ans, rêve de devenir poète. Il s'installe à Montmartre au Bateau-Lavoir dans un appartement meublé du strict minimum. Il y rencontre ses voisins: des ouvrières comme des artistes. En effet, un de ses voisins n'est autre que Picasso. Intrigué par le portrait d'une bouquetière peint par Picasso, Emile est poussé à mener l'enquête quand il apprend la mort de cette dernière. Pour résoudre l'énigme, il parcourt tout le quartier et entraine le lecteur dans l'univers populaire et artistique du Paris du début du siècle.

 

Quand simplicité rime avec efficacité et accessibilité

 

Béatrice Egémar est un auteur très accessible. Elle m'avait conseillé ce roman et je ne regrette pas de l'avoir lu. Le roman, très documenté se démarque par sa grande simplicité, ce qui ne signifie en aucun cas pauvreté. La simplicité du style s'explique par le public visé et rend le roman très accessible. L'intrigue peut paraître simple pour les amateurs de thrillers et de romans policiers mais elle est bien menée et la résolution reste assez surprenante. La grande force du roman réside dans le contexte culturel bien rendu. En effet, la vie de bohème est présentée de façon réaliste, sans tomber dans les clichés romanesques habituels et faciles. La simplicité nécessaire du roman évite intelligemment la complexité des mouvements artistiques et des personnalités des artistes présentés tout en étant extrêmement précis.

Le roman peut servir de support à une réflexion plus approfondie sur le thème du modèle, de la muse que l'on peut efficacement mettre en rapport avec les œuvres des poètes et artistes présentés dans le roman. En effet, l'auteur a mis les femmes à l'honneur dans ce roman en en faisant des figures importantes de l'intrigue.

 

Une lecture agréable et vivante.

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[Challenge] Cinder, une princesse de conte au pays des cyborgs.

Titre: Chroniques lunaires, Tome 1. Cinder

Auteur: Marissa Meyer

Éditions: PKJ (Pocket Jeunesse)

 

J'ai lu ce roman sur ma liseuse dans le cadre du challenge "Un mois = une consigne" sur Livraddict. La contrainte du mois de juin imposait de lire un roman de chick-lit. J'avoue ne pas savoir exactement en quoi cela consiste. Les seuls romans "chick-lit" que je connaisse sont les romans de Sophie Kinsella. Et, pour être franche, je ne voulais pas acheter ce genre de roman, sans doute parce que j'ai de nombreux a-priori dessus.

Je me suis donc rabattue sur le roman Cinder de Marissa Meyer qui m'intriguait par toutes les critiques élogieuses sur booktube et la blogosphère.

 

Il était une fois...

 

A la suite d'un accident, Cinder a subi de nombreuses opérations chirurgicales. On lui a implanté des parties robotiques et elle est ainsi devenue une cyborg. Mécanicienne de talent, Cinder est au service de sa belle-mère pendant que le bal organisé par le prince Kaï occupe tous les esprits. Lorsque le prince Kaï se présente à l'atelier de Cinder pour lui confier la réparation d'un robot auquel il tient, Cinder se retrouve mêlée aux affaires du royaume.

 

Cendrillon version cyborg

 

Ce roman s'affirme comme une réécriture du conte de Cendrillon. C'est assez clair puisqu'on y retrouve tous les ingrédients: la belle-mère et ses deux filles, le bal du prince, le carrosse, la chaussure,... L'auteur respecte la structure du conte et l'univers choisi pour ce réinvestissement fonctionne plutôt bien. En effet, le conte se situe dans un univers de science-fiction qui se marie efficacement avec l'univers merveilleux du conte d'origine. L'auteur ajoute une touche de fantastique avec la présence des Lunaires, ce peuple aux capacités extra-humaines. C'est là d'ailleurs que réside pour moi la force du roman. Les rapports entre le peuple Terriens et les Lunaires s'annoncent prometteurs.

 

Une série qui commence cahin-caha

 

La lecture m'a donc paru distrayante et seulement cela. Je n'ai pas ressenti l'engouement des autres lecteurs car la romance m'est apparue trop attendue, traditionnelle et cousue de fil blanc. De même, l'auteur ne fouille pas assez le personnage du prince, ce qui en fait un personnage trop lisse malgré la situation complexe qu'il vit. Enfin, la réécriture, bien qu'ingénieuse, reste elle aussi prévisible. Ce que j'attends d'une réécriture, c'est de dépasser le conte, de jouer avec. Ici, l'auteur respecte bien trop la structure ce qui fait qu'il y a peu de surprises. D'ailleurs, le indices sont souvent trop clairs et l'on devine les rebondissements bien avant le personnage principal, qui n'est pourtant pas stupide. Pour ce qui est du style, il n'y en a pas particulièrement. En fait, on ne lit pas de la littérature "young adult" ou "jeunesse" (dans quelle catégorie range-t-on ce roman?) pour le style, en général (je précise car certains romans de jeunesse sont des pépites stylistiques!), mais pour son efficacité. Ce sont des romans qui vont droit au but et ce roman ne fait pas exception. Malgré la faiblesse de l'intrigue, on se surprend à dévorer le roman, ce qui est bien une preuve de son efficacité!

 

En résumé, un récit efficace mais sans surprise qui reprend les codes du conte d'origine sans le dépasser ou jouer avec.

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{Notes de lecture} La littérature de jeunesse, Nathalie Prince

Titre: La littérature de jeunesse

Auteur: Nathalie Prince

Édition: Armand Colin

Collection: U, Lettres

 

L'auteur cherche à définir dans un premier temps le terme de "littérature de jeunesse" ce qui soulève déjà de nombreux paradoxes:

- les destinataires désignés par le terme de "littérature de jeunesse" constituent à priori un public vaste et de hétérogène qui peut aller du non-lecteur (voire du non-locuteur, l'infans, celui qui ne parle pas) au lecteur plus aguerri mais encore immature.

- les textes sont écrits par des adultes qui par conséquent ne sont pas sur un pied d'égalité avec leurs lecteurs.

- les textes sont souvent choisis, prescrits, validés voire lus à voix haute par les adultes qui donnent au texte une forme de caution.

- le public "jeunesse", de lui-même, ne choisit pas forcément les textes prescrits.

 

Le premier point étudié est celui de la dimension historique de la littérature de jeunesse. Nathalie Prince met en valeur le lien entre apparition du "sentiment de l'enfance", c'est-à-dire le fait que l'on considère l'enfant dans ses spécificités propres et apparition de récits destinés aux enfants. L'objectif donné à ses récits diffèrent donc de la conception du "sentiment de l'enfance": soit l'enfant est considéré comme un adulte en devenir, incomplet qu'il s'agit de former, soit l'enfant est un être primaire qu'il faut éduquer, rendre moins sauvage. Le récit jeunesse peut donc se faire moralisateur, vulgarisateur ou cherche à recréer l'univers de l'enfance (selon le souvenir ou le point de vue de l'adulte).

 

Le deuxième point abordé est celui de l'ambiguïté du personnage de littérature de jeunesse: souvent stéréotypé, il a la particularité d'être peu développé et peu caractérisé et de pourtant réussir à susciter l'identification. Il peut soit incarner un modèle soit un contre-modèle. Les personnages les plus communs restent les animaux et les enfants.

 

Enfin, le point le plus essentiel à mon avis est l'étude de la poétique propre à la littérature de jeunesse. Loin de se satisfaire de l'image de texte simplifié, Nathalie Prince en montre la complexité et la richesse, en particulier de la situation de lecture à voix haute de l'adulte à l'enfant à partir des albums. Elle aborde des points très intéressants: le rapport entre le texte et l'image ainsi que les rapports entre le lecteur adulte et le spectateur enfant, les différents niveaux de lecture mis en jeu par la double-lecture (enfant/adulte), l'oralité.

 

L'essai s'achève sur un corpus de textes sources et supports de la réflexion.

 

Une lecture vraiment stimulante et riche. Cela concerne surtout la littérature destinée aux enfants et l'étude des albums est très fine. Je n'ai cependant pas trouvé de réponses sur la littérature jeunesse/ado.

 

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{Pile à Lire} ÉTÉ 2016

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{Masse critique Babelio} La Chouette effraie de Christian Wasselin, un roman assez noir?

Titre: La Chouette effraie

Auteur: Christian Wasselin

Éditions: Les Soleils bleus

 

Je dois bien avouer que je me trouve très déconcertée. Très, très déconcertée.

 

J'ai reçu le roman La Chouette effraie de Christian Wasselin à l'occasion d'une opération Masse Critique sur Babelio. Je remercie donc Babelio ainsi que les Soleils Bleus Éditions pour cet envoi généreux.

 

Voici comment est présenté le roman par son éditeur:

"Alors que la Vieille-Bourse de Lille est le lieu d’étranges complots, le négatif d’un film intitulé Gioconda est dérobé pour le compte d’un cinéaste jaloux. La cantatrice qui interprète l’air principal du film est à son tour enlevée, cependant qu’un riche propriétaire revenu de tout fait de son domaine en ruines un repaire de mercenaires puis une prison où sont retenues plusieurs femmes innocentes. Certaines en mourront.

La Chouette effraie est un théâtre de la cruauté qui met en scène Lille et son Opéra en proie à la mélancolie, Paris qui se dérobe, mais aussi la douceur ambiguë des rues de Lisbonne, l’Amazonie proliférante et les canaux rêveurs du marais audomarois. On y passe de la candeur (feinte) aux mises à mort spectaculaires, le récit et sa parodie s’y donnent la main, mais le cynisme ne parvient pas tout à fait à bout de l’enthousiasme éprouvé au contact de l’art.

Cambriolages burlesques, poursuites et vengeances loufoques se mêlent aux souvenirs du roman noir américain et du gothic novel. Habité d’héroïnes sacrifiées, de faux artistes, de vrais imposteurs et d’automobiles aux chromes luisants, La Chouette effraie célèbre, dans un mélange de drame comique et de dérision attristée, l’inaltérable beauté des œuvres qui résistent aux pires traitements."

Alléchant n'est-ce pas?

 

Une ambiance de film noir

 

Dans ce roman, on retrouve tous les éléments des vieux polars, surtout cinématographiques: une ambiance brumeuse et nocturne, des femmes splendides et sensuelles dans des robes fourreaux, des bandits et des voitures chromées le tout sur une bande originale jazzy. L'auteur, musicographe, nous donne les références précises des musiques que les personnages prennent plaisir à écouter. Le lecteur peut alors faire de même pour se couler dans l'ambiance. Le récit ne se situe d'ailleurs pas dans une époque précise. Il s'agirait d'une sorte d'uchronie, de passé fantasmé et de futur politique étrange. Quant au cadre spatial, le roman nous fait arpenter les rues de Lille et de sa province marécageuse. L'ensemble du roman a un aspect extrêmement visuel et musical, presque cinématographique, ce qui tombe bien puisqu'il s'agit d'un des thèmes du roman: le vol du chef d'oeuvre Gioconda.

 

Un roman où le lecteur est dans le noir

 

Pour moi, plus qu'un polar, il s'agit d'une sorte de roman de genre: il se donne toutes les apparences du polar mais... n'en est pas un. Parce qu'autant vous le dire tout de suite, si vous cherchez une enquête, vous n'en trouverez pas. Du moins pas vraiment. C'est là toute l'étrangeté de ce roman. Il vous jette sur une piste, puis sur une autre. Vous essayez vainement d'identifier dans quel univers vous êtes, quels sont les enjeux de l'histoire, quelle est l'intrigue. Le roman est à l'image de ce que vivent les personnages: une labyrinthe sans issue. Il faut aussi s'attendre à une certaine forme de violence attachée au genre du polar et du gothique. Et cette violence, essentiellement exercée contre les femmes et le plus souvent gratuite, m'a vraiment dérangée car on y sent une forme de plaisir à la fois chez les personnages et chez le narrateur.

 

La musique et le cinéma comme fil d'Ariane

 

Ce roman s'apparente donc à un pastiche, ou plutôt à un patchwork de pastiches. Certains passages construisent un univers gothique, d'autres un univers de polar, d'autres encore une sorte d'uchronie désenchantée, une critique de la politique, voire une dystopie inquiétante. Or tout cela n'est pas lié par une intrigue solide. Attention, je ne veux pas dire que le roman n'est pas construit. Au contraire, il est rigoureusement construit, comme une mélodie. Les personnages y apparaissent progressivement pour tisser une symphonie jusqu'à l'acmé puis disparaissent aussi progressivement qu'ils sont venus, exactement entre la disparition et la réapparition de Gioconda. D'ailleurs, je me demande si on peut dire qu'il y a un personnage principal. Les personnages ne semblent pas importants. Leur psychologie est ébauchée mais pas approfondie comme s'ils n'étaient que des instruments au service d'autre chose. Et s'il y a une morale à ce roman, qui semble en être bien dépourvu, c'est que l'art triomphe de tout, il est La morale.

 

En plus clair?

 

Ce roman n'est rien de ce qu'on attend car il est l'expression d'un pur plaisir d'écrire. Il joue de mise en scène, de lieux évocateurs, de scènes attendues. C'est avec une langue joueuse, toujours légèrement ironique qu'il taquine son lecteur à grand coup d'envolées lyriques ou stylistiques.

 

Quand je vous disais que j'étais déconcertée!

 

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{Événement} Le salon du livre de Montmorillon 2016

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[ACHATS DU MOIS] MAI

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[CHALLENGE] 14, un roman efficace

Titre: 14

Auteur: Jean Echenoz

Éditions: Hachette (mais paru à l'origine aux éditions de Minuit)

Date de parution: 2012

 

Je n'avais jamais lu Jean Echenoz, pourtant récompensé par de nombreux prix, notamment le Goncourt en 1999 pour Je m'en vais, jusqu'à ce que je découvre ce petit roman en spécimen dans mon casier.

 

Faites la guerre...

 

Anthime, Charles, Padioleau, Bossis et Ancenel partent à la guerre en 1914. Peu en reviendront. Pendant ce temps, à l'arrière, Blanche mène sa vie.

 

14 c'est le récit de la guerre de 1914 mais sans réécrire ce l'a déjà été mille fois. Echenoz, avec son style sobre et distancié, décrit des faits sans tomber dans le pathétique. Ile ne raconte d'ailleurs pas vraiment la guerre mais de petites scènes lors de cette guerre. Il alterne aussi chapitres au front et chapitres à l'arrière. Et ainsi il dit l'essentiel.

 

Un récit d'acier

 

Le ton de froide distance choisi procure au texte un effet de décalage inattendu qui n'est pas sans ironie. D'ailleurs certains passages sont des hommages à des morceaux d'anthologie de la littérature française. Echenoz arrive à surprendre et intriguer le lecteur en révélant certaines informations importantes pour les habitudes de lecteur de façon impromptue et incongrue, comme si le personnage n'avait besoin ni de psychologie ni d'identité claire. Il est ainsi réduit à sa plus pure expression: un regard sur le monde

 

J'ai beaucoup aimé la netteté, la sobriété et donc l'efficacité de ce très court roman de 80 pages. Il m'a cependant manqué un je-ne-sais-quoi qui m'a laissé un goût d'inachevé, comme si, étrangement, je ne pouvais me satisfaire de cela.

 

NB: Roman lu dans le cadre du challenge "un mois = une consigne". Le mois de mai avait pour consigne: lire un roman historique.

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Du plomb à la lumière, un "livre de demain"?

Titre: Du plomb à la lumière

Auteurs: collectif

Édition: Mille saison

Date de parution: mars 2016

 

Un concept innovant

 

Rapportée du salon du polar de Loches, cette anthologie de nouvelles m'avait intriguée et séduite d'abord par sa couverture. (Je suis très faible!). Le travail de la mise en page rend l'objet livre vraiment superbe. Le concept est tout autant intéressant. En effet, ce livre rassemble des nouvelles issues de la littérature de l'imaginaire afin de les faire concourir. A la fin du livre se trouve une code personnel qui permet d'élire sa nouvelle favorite. Le gagnant aura l'occasion d'écrire un roman dérivé de l'univers ébauché dans la nouvelle.

Mais cela ne s'arrête pas là! A chaque nouvelle est associée une illustration et une musique. Évidemment, la musique n'est pas intégrée au livre mais elle est accessible par flash-code ou à l'adresse internet indiquée. Il faut donc élire aussi nos illustrations et les compositions préférées.

 

Et les nommés sont...

 

Pour ce qui est de la littérature de l'imaginaire, autant dire que je débute. Je n'y connais pas grand chose et je distingue très mal les différents genres. Je me suis donc donnée trois critères d'évaluation: le rapport au sujet, le style, l'univers créé et sa possibilité d'un récit plus large. Les notes seront sur 5 et seront signifiées par des *. Voici mes notes pour chaque titre:

* Valentin Desloges, Le coup du collier (hors concours)

**** Vyl Vortex, Sous l'oeil de Tornn

*** Guillaume Dalaudier, La clé céleste

** Barnett Chevin, La pierre

***** Karine Rennberg, Les feux de la rampe

* Stephane Monnet, La mort n'est pas un spectacle

*** Marylin Guldin, Emmurés

*** Anthony Boulanger, Les hommes de Métal

**** Emmanuelle Maia, Quelques grammes de plomb pour atteindre la lumière.

***** Céline Ceron Gomez, Marché Conclu! (spécialement pour la chute que je n'attendais pas du tout, malgré le titre.) + superbe illustration

** Kéti Touche, Notre-Dame de Baltimore (le récit m'a vraiment fait peur!)

*** Ophélie Hervet, Ce qui nous lie

* Johann Vigneron, La Foire

** Philippe Deniel, Métal radieux + illustration sympa

*** Marguerite Roussarie, Être vivant

**** Elie Guillot, La bataille de Krak Girn

*** Romain Joly, Un rêve de lumière

*** Marine Auriol, Et si l'Equinoxiale n'était qu'une mort de plus...

***** Ghislain Morel, Deus ex machina + jolie illustration

**** Arnaud Gabriel, Zhang Zhung, le mont Gang Ti Sé

**** Simon Boutreux, Betsy (N.B.: seul récit fantastique, au sens littéraire du terme.)

 

Comment comprendre le sujet?

 

Comme le laissent présager les titres, le thème a été compris de façons très différentes. Le plomb a souvent été entendu comme le matériau à l'origine de robots, d'armements ou du lien dans les vitraux. Simon Boutreux rappelle que le plomb est aussi utilisé dans l'imprimerie. Certains ont parlé du saturnisme, maladie causée par l'ingestion de plomb ou encore de la céruse, maquillage à base de plomb pour blanchir le teint. La lumière a été plus traditionnellement entendue comme celle du soleil ou des projecteurs. Évidemment certains font référence à la lumière de la mort, de l'au-delà ou encore de la révélation. L'alliance du plomb et de la lumière pouvait aussi évoquer l'alchimie.

 

A vous de jouer!

 

Les votes sont ouverts jusqu'en mars 2017. Et si le prix du livre vous refroidit, pensez qu'il s'agit d'une anthologie de 21 nouvelles et que le travail est vraiment de qualité, tant au niveau des textes que de l'édition. Bref, je ne regrette pas du tout cette dépense.

L'appel aux textes pour la saison 2018 a déjà commencé sur le site des éditions Mille Saisons. Tentez votre chance!

 

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{Des bulles et des mots} Un Renard et des Parenthèses

Je suis décidément sous le charme de la collection "Shampooing" de chez Delcourt qui propose des bandes dessinées de grande qualité.

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[Événement] Le Chapiteau du livre à Saint-Cyr-sur-Loire

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[ACHATS DU MOIS] AVRIL

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[CHALLENGE] Percy Jackson: ultime épisode.

Titre: Percy Jackson 5: Le dernier Olympien

Auteur: Rick Riordan

Edition: France Loisir

Date de parution: 2010

 

Dans le cadre du challenge "Un mois = une consigne" sur Livraddict, il fallait lire un roman jeunesse pour le mois d'avril. Comme je venais de lire le tome 4, je me suis dit que ce serait l'occasion d'achever la saga.

 

Percy va avoir seize ans et une prophétie annonce qu'à cette date un héros - tout pousse à croire qu'il s'agit de Percy -  devra décider du destin du monde. Or Cronos s'est réveillé et mène son armée contre l'Olympe. Il n'y a que Percy et son armée de demi-dieux de la Colonie pour faire front contre le Titan.

 

Un final épique digne d'Homère

 

J'ai beaucoup apprécié ce dernier tome qui finit dans un combat épique, haut en couleurs et en rebondissements. La réécriture est ici plus subtile. Plusieurs indices indiquent que le sous-texte est L'Iliade. En effet, l'Olympe est assiégée et une petite armée doit défendre la place face à une armée plus puissante et nombreuses. Les assauts sont réguliers et alternent victoires et défaites. De plus, Percy est associé à Achille et à sa malédiction. Enfin, indice majeur, un épisode où Silena se fait passer pour Clarisse afin de mener les Arès au combat qui rappelle l'épisode où Patrocle prend la place d'Achille pour mener les Achéens au combat.

Contrairement au tome précédent, j'ai trouvé que la psychologie des personnages était à nouveau approfondie. Cela m'a permis de plus facilement m'attacher aux personnages et donc de mieux comprendre leurs hésitations, leurs dilemme et leurs choix. Le roman étant destiné à la jeunesse ne recèle pas de grandes surprises à la fin.

 

Un point qui me chiffonne...

 

J'apprécie que la romance entre Percy et Annabeth reste discrète et ne prenne pas le pas sur l'intrigue et l'action comme il est de coutume actuellement. L'auteur reste d'ailleurs assez allusif et pudique sur les relations amoureuses des personnages, en particulier des personnages secondaires. Je note toutefois qu'il n'y a pas de relations homosexuelles et que deux personnages féminins importants renoncent aux hommes pour leur mission. Même si cette virginité est liée à la mythologie des personnages d'Artémis et de la Pythie, elle me dérange un peu puisqu'il n'y a pas d'équivalent chez les personnages masculins... Vous trouvez que je chipote?

 

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Re-découvrir Modiano

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"Le bonheur, c’est une belle ordure et une peau de vache"

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[CHALLENGE] Un feelgood book?

Titre: Les derniers jours de Rabbit Hayes

Auteur: Anna McPartlin

Année d'édition: 18 février 2016

 

Au mois de mars, la consigne du challenge "un mois = une consigne" de Livraddict demandait de lire un livre à la couverture printanière. J'avais craqué sur la couverture quand Prettybooks nous l'a montrée sur Instagram. De plus, c'était un coup de coeur pour elle et pour beaucoup d'autres lecteurs. Je me suis donc laissée tenter.

 

Mia Hayes, surnommée Rabbit par son entourage, est en phase terminale d'un cancer généralisé. Elle intègre une maison médicalisée pour ses derniers jours. Le roman raconte donc le parcours d'acceptation de la mort par l'ensemble des personnages: la fille de Rabbit, ses parents, sa soeur, son frère et ses amis.

 

Clairement, ce n'est pas le genre de roman que j'ai l'habitude de lire. Mais il faut savoir sortir de sa zone de confort et s'aventurer hors des sentiers battus. Malheureusement, ce n'est pas du tout le coup de coeur attendu.

 

Un récit touchant sur un sujet délicat

 

Le récit est évidemment émouvant, de part son sujet mais aussi par le réalisme des réactions des personnages: la fuite, le déni, le courage, la douleur, la révélation... Les chapitres alternent les points de vue, ce qui permet de faire connaissance avec chaque personnage et d'inscrire la mort dans leur vie quotidienne. La fin m'a tiré des larmes mais je n'ai ressenti aucune des émotions fortes promises par les critiques des lecteurs.

 

De trop grandes attentes?

 

Qu'est-ce qui bloque? Le style, définitivement. Peut-être parce qu'il s'agit d'une traduction, je n'ai pas apprécié le phrasé de l'auteur. Et j'ai été rebutée par les clichés. Alors, je précise d'emblée que les clichés ne concernent pas les réactions des personnages à la mort. Au contraire, j'ai trouvé que c'était la force du roman. Je parle plutôt de tout ce qui constitue le passé de Rabbit et en particulier son histoire avec Johnny. Dès l'ouverture du livre, on nous raconte cette histoire de groupe de rock dans le garage familiale qui commence à avoir du succès. On nous parle de la jalousie de Rabbit pour la beauté très féminine de sa soeur alors qu'elle est une fille malingre mais au caractère rebelle. J'ai trouvé cela cliché, excessif. Cette vision de l'adolescence me hérisse le poil.

Sans doute suis-je trop difficile ou trop exigeante mais cette histoire entre Rabbit et Johnny est cousue de fil blanc. On a compris dès les premières pages que le souvenir de son amour de jeunesse va lui permettre d'accepter la mort pour le retrouver (à défaut de la religion, thème omniprésent dans le roman). En fait, je crois que c'est le choix même de situer les jeunes gens dans un groupe de rock qui est en passe de rencontrer la gloire qui m'a gênée. Il y a tellement de situation moins clichées, plus complexes à raconter que celle-là... Et si c'était pour aborder le cas de la sclérose en plaque alors il fallait en parler de façon peut-être plus approfondie. J'ai eu l'impression que tout cela était un prétexte pour aborder trop de choses en même temps.

Une piste que j'aurais voulu voir davantage exploitée, c'est celle des extraits du blog de Rabbit. J'ai trouvé que c'était intéressant de voir son point de vue face au cancer. Ces extraits sont cependant peu nombreux et situés à des endroits pas forcément très efficaces. Pourtant, l'effet d'écart entre ce qu'écrivait Rabbit et sa situation aurait ajouté du tragique ou au moins de l'ironie tragique.

Quant à l'humour, je suis habituellement bon public. Beaucoup mettaient en avant l'alternance équilibrée de rire et de larmes mais chez moi ce fut un échec. Je suppose que ces lecteurs ont apprécié les échanges vifs que portent le personnage de Rabbit et celui de sa mère. Et pourtant, cela n'a pas marché chez moi. J'avais toujours cette impression de "surjoué" qui me mettait mal à l'aise, cette énergie du désespoir qui est plus déchirante qu'autre chose.

Je regrette aussi que certains personnages soient trop secondaires. Ils semblaient intéressants mais pas assez creusés: les fils de Grace, la soeur de Rabbit, le voisin et ami de Juliet, les amies de Davey...

 

Qu'en conclure?

 

Je suis sensible aux livres que TOUT le monde aime. Celui-ci est noté 4.82/5 sur Babelio et 4.27 sur Goodreads... Mais de trop grandes attentes réservent forcément de la déception. Il faut aussi que je fasse plus attention aux goûts des blogueuses influentes. Elles dévorent en général du contemporain, apprécient de s'identifier aux personnages, cherchent l'émotion. Ce qui, en soi, n'est pas du tout critiquable. Mais moi, je suis plus sensible au style, à l'ingéniosité de la construction, à la surprise. Au fond, je ne lis pas tant pour me divertir que pour rencontrer des voix originales et puissantes. Et c'est là d'où vient probablement ma déception.

 

Mes critiques des autres livres du challenge:

Janvier: Les Fiancés de l'hiver de Christelle Dabos

Février: Persuasion de Jane Austen

 

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[ECRITURE] Projet en noir

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[Événement] Salon du polar de Loches

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[Défi]Zéro achat: accompli!

Bilan du défi que je me suis lancé au mois de mars.

Je n'ai pas craqué et ai reposé sur les rayons tous les livres par lesquels j'étais tenté, et ce jusqu'au 31 mars. Aucune entorse au défi. Et pour cela je suis fière.

Par contre, comme il fallait s'en douter, j'ai accumulé tant de frustration qu'évidemment aujourd'hui, le 2 avril j'ai craqué.

Explication du "craquage": Deux raisons principales font que j'ai cédé à ma pulsion d'achat.

1. Pour le travail, je dois me procurer de nombreux livres classiques que je dois lire rapidement. J'en ai trouvé un de la liste à la Maison de la Presse de Loches.

2. Je suis passé chez "La mère Lison", une boutique associative lochoise qui vend des livres d'occasion. Et comme l'occasion, fait le larron, me voilà avec six livres.

Je ne vous cache pas que je dois me procurer d'autres livres mais j'essaierai d'être raisonnable. Sur Booktube, j'ai entendu parler d'un challenge qui pourrait m'aider: un livre acheté pour trois livres lus. Cela m'aiderait peut-être à lutter contre l'extension prodigieuse de ma Pile à Lire. Affaire à suivre....

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[LECTURES SCOLAIRES]Ô grands mots...

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Portrait de femme

Il est des romans sur lesquels il est difficile de s'exprimer naturellement, avec fluidité. Ils vous échappent, renâclent et vous laissent perplexe. Des livres  où il est nécessaire de prendre du recul, de lire des critiques, des documents complémentaires, brefs sur lesquels il faut réfléchir posément.

 

Le roman met en scène Thérèse Desqueyroux à la sortie de son procès pour tentative d'empoisonnement sur la personne de son mari. Elle est acquittée. Lors du trajet qui la ramène chez elle, elle prépare le discours qu'elle tiendra à Bernard, son époux. Pour cela, elle remonte le temps pour trouver l'origine de son acte. Elle n'a cependant pas le temps de s'expliquer. Bernard, porte-parole de la famille Desqueyroux la condamne à l'exclusion et à l'enfermement dans la solitude.

 

Dans les premiers instants de la lecture, j'ai rejeté le personnage de Thérèse parce que je ne la comprenais pas. Voilà une femme qui n'est occupée que d'elle. Sombre, égoïste, aux désirs contradictoires, violente et arrogante. Son désir de liberté s'exerce aux dépends des autres qu'elle ne cherche jamais à comprendre. Thérèse a voulu tuer son mari, sans raison consciente. Elle le déteste viscéralement. Et cette répugnance ne s'explique pas, pas clairement du moins. Pourtant tout conspire contre ce mariage.

Et puis progressivement, me détachant de cette lecture un peu bovarienne, je me suis laissée emporter par le style. Il y a cette alternance entre les espaces extérieurs infinis et la claustration de Thérèse. Il y a le silence d'Argelouse et la fumée des cigarettes de Thérèse. Les barreaux sont partout: dans les forêts de pins, dans les membres rigides de la famille Desqueyroux, dans les conventions, dans les regards.

 

Dans le dossier à la fin du livre, certaines remarques de Mauriac lui-même m'ont particulièrement intéressées, en particulier une qui suggère que Thérèse serait peut-être lesbienne et que ce mariage était donc voué à l’échec et que les désirs de Thérèse ne pouvaient trouver leur assouvissement.

La fin aussi m'a laissée perplexe, comme si ce qu'elle disait devait être lu autrement. Chaque page, chaque ligne est un champ d'interprétation...

 

Il est difficile de noter une telle œuvre qui échappe à la note de plaisir de lecture. J'y renonce donc et vous laisse vous faire votre propre avis.

 

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Percy à la sauce Thésée.

Titre: Percy Jackson 4: La bataille du labyrinthe.

Auteur: Rick Riordan

Édition: France Loisir

Date de parution: 2010

 

J'avais laissé Percy au tome 3 qui m'avait moins enthousiasmé que les tomes précédents. Puis s'est présenté le "Challenge à 1000". Or Percy trainaît dans ma Pile à Lire avec ses 410 pages. L'occasion était trop belle de me replonger dans cet univers.

 

J'ai donc retrouvé Percy en train d'échouer, comme toujours, à intégrer une école pour finir sa scolarité à cause de sempiternels monstres qui le persécutent. De retour à la colonie des Sang-mêlé, il apprend qu'elle est menacée. En effet, Luke et l'armée de Cronos cherche à l'attaquer en empruntant le labyrinthe de Dédale, labyrinthe tentaculaire dans les sous-sols des États-Unis. Percy et ses compagnons cherchent à retrouver le célèbre inventeur pour l'empêcher de divulguer le fonctionnement du labyrinthe à Luke. Pendant ce temps, Cronos se réveille...

 

Les romans de la saga sont toujours efficaces: des combats épiques, de l'amitié, du suspense et de l'humour. C'est la grande qualité de Rick Riordan. Les personnages et le récit ne se prennent jamais au sérieux et toute exagération due au genre "jeunesse" est assumée. Ce qui ne veut pas dire que soit absent tout pathos bien dosé. Le lecteur s'attache rapidement aux personnages et les suit avec plaisir dans leurs pérégrinations. Ordinairement les tomes se présentent comme une réécriture de grandes épopées comme l'Odyssée dans le tome 2. Ici, le récit est fondé sur le motif du labyrinthe de Dédale duquel Thésée sort avec l'aide d'Ariane. J'ai trouvé la réécriture sympathique mais moins convaincante que celle de l'Odyssée qui reste ma préférée (ô combien!).

La romance entre Percy et Annabeth initiée dans le tome 3 est très peu développée dans ce tome. L'univers est moins sombre que dans le troisième tome et le récit trop haletant pour trop s'attarder sur les réflexions des personnages. On n'y découvre que fugacement Rachel, une mortelle qui voit à travers la brume, mais très peu d'autres nouveaux personnages. Au contraire, les quêtes annexes s'achèvent progressivement et le dernier tome commence à se préparer. Le récit s'achève sur un combat épique entre la colonie et l'armée de Cronos qui annonce sans aucun doute le combat final de la saga.

 

Une lecture plaisante qui me fait renouer avec la saga.

 

Pour lire les précédents articles:

Tome 2 La mer des monstres

Tome 3 Le sort du titan

 

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[ACHATS DU MOIS] FÉVRIER

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[LECTURE SCOLAIRE] L'humain est une œuvre d'art comme les autres

Titre: Lorsque j'étais une œuvre d'art

Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt

Édition: Livre de poche

Date de parution: 2002

 

Toujours dans le cadre du "Challenge à 1000" et de la lecture cursive pour les élèves, j'ai lu ce roman conseillé par une amie. Et ce fut une bonne surprise.

 

Le narrateur est un jeune homme désespéré. Il va mettre fin à ces jours parce qu'il n'est rien. Personne ne le remarque parce que ses frères, les jumeaux Firelli sont tellement beaux qu'ils l’éclipsent. C'est au bord de la falaise qu'il va passer un marché faustien avec un artiste mondialement connu, Zeus-Peter Lama. Le narrateur va devenir Adam bis, une création, une œuvre vivante. Mais l'aventure va tourner au cauchemar.

 

Ce roman si plaisant propose à son lecteur de nombreuses réflexions: qu'est-ce que l'art? Qu'est-ce que le beau? Qu'est-ce que l'humanité? Il s'agit, pour moi, d'un parcours initiatique qui reconduit le narrateur à lui-même par la prise de conscience de ce qu'il est réellement. C'est en atteignant les limites de l'humanité, en goûtant à la fascination qu'ont les hommes pour les objets, c'est en quelque sorte en disparaissant que le personnage ouvre les yeux sur la réalité.

Avec des mots simples et émouvants, "Adam" nous entraîne avec lui tout au long de son voyage vers lui-même.

 

Ma note: 16/20

 

 

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[LECTURE SCOLAIRE] Le Laid et la Belle

Titre: Attentat

Auteur: Amélie Nothomb

Édition: Livre de poche

Date de parution: 1997

 

J'ai lu ce roman dans le cadre du "Challenge à 1000" mais ce roman était dans ma PAL "boulot". Je compte le proposer en lecture cursive à mes élèves au sein de la séquence "Quand les poètes jouent avec l'horreur". J'ai trouvé ce titre grâce aux bibliographies thématiques de Babelio.

 

Epiphane Otos est l'homme le plus laid du monde. Rien que le fait de le voir donne la nausée. Alors qu'il se présente à un casting pour interpréter un homme laid, il fait connaissance d'Ethel, la jeune femme la plus belle qu'il n'ait jamais vu. Il en tombe instantanément amoureux.

 

Ce qui pourrait se présenter comme la réécriture de la Belle et la Bête est plutôt une réflexion sur l'antinomie beau/laid ainsi que sur le rôle des apparences. Pourquoi aime-t-on le beau? Le beau est-il purement extérieur? Peut-on aimer quelqu'un de repoussant? La réflexion est intéressante et l'auteur réussit à y intégrer des remarques percutantes sur l'art et le cinéma.

Je ne sais pas si Amélie Nothomb écrit toujours ainsi (c'est le premier roman que je lis d'elle) mais son style m'a semblé agressif et pompeux. Il convient néanmoins parfaitement au personnage d'Epiphane qui est le narrateur. Cette manie de toujours citer des poètes ou auteurs pour illustrer son propos ou encore ce vocabulaire soutenu qui apparaît comme pour signaler son intelligence, tout cela m'agace prodigieusement. Car Epiphane ne m'a pas semblé un personnage attachant. Malgré sa laideur, il est arrogant, cynique et pontifiant. Il imagine que sa laideur lui donne une certaine supériorité naturelle, celle de l'incompris qui croit pouvoir juger ses pairs avec détachement. En fait, Epiphane est snob.

C'est pour cela qu'objectivement le roman est intéressant. Cependant, ce rejet du personnage narrateur, non pas à cause de sa laideur mais à cause de son snobisme et de sa violence m'a empêché de le suivre avec plaisir.

 

Ma note: 13/20

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Pilgrim contre Sarrasin

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[La parole est à vous] Wolf présente Chronique d'Hiver de Paul Auster

 

Mon inscription au challenge Livraddict "un mois = une consigne" dont j'ai parlé ici a suscité de l'enthousiasme chez mes amis. Or certains n'ont pas de blog pour s'exprimer alors je leur ouvre mes pages. Bonne lecture à tous!

 

Titre: Chronique d'hiver

Auteur: Paul Auster,

Édition: Babel (Trad. P. Furlan)

Date de parution: 2013

 

C'est pour honorer le mois de janvier du challenge de Livraddict, que je me suis lancé dans la lecture de cet ouvrage. Ayant un goût (récent!) pour la littérature étatsunienne, je choisis ce livre, n'ayant jamais rien lu de Paul Auster, pourtant un maître de la fiction nord-américaine. Et bien m'en a pris!!!

 

Car, disons le tout de go, j'ai adoré ce livre! Comme souvent, le premier abord fut mitigé. Comme si le livre et moi-même, nous nous jaugions, nous nous respirions. Car plusieurs aspects en font une œuvre singulière.

 

D'abord cette chronique (au singulier) est un livre de mémoire de l'auteur. Il m'a semblé évident que ce terme de chronique est très bien choisi. C'est précisément le cas: un récit chronologique de la vie de Paul Auster, comme les Chroniques (au pluriel!) médiévales pouvaient relater les faits historiques. Paul Auster chronique donc sa vie. Oh! Pas la vie d'un super héros, pleine d'actions et d'aventures extraordinaires! Là n 'est pas l'intérêt. La vie d'Auster est riche, pleine de rencontres et de galères mais vécues comme des étapes. De voyages aussi (Francophile, Auster vécut en France, et fut, un temps, traducteur de poètes français). On lit surtout la fabrique d'un auteur, dont la vie, simple, est indissociable de l'œuvre. Juste en rapportant sa vie, Auster montre une richesse insoupçonnée.

 

Et justement, Auster prend un parti des plus originaux pour "chroniquer" son existence. Son récit passe par ses sensations, son corps, ses sens. Il ne raconte pas sa vie par le menu, mais va narrer exhaustivement ses lieux de vie, ses goûts culinaires... toutes les descriptions passeront par les sens, avec des mots simples et dépouillés qui assurent une précision redoutable. Toute sa vie passée au crible de ses sensations. Paul Auster définit d'ailleurs l'ouvrage comme "un catalogue de données sensorielles". C'est étonnant, mais ô combien prenant!

 

Enfin, Paul Auster utilise le tutoiement, ce qui peut paraitre surprenant pour raconter sa propre vie. Comme une mise à distance de lui-même. Mais également, cela interpelle le lecteur et, finalement, permet d'accéder à ce qui est commun à tous et toutes. Car cette vie devient donc celle du lecteur, la mienne, la vôtre. Curieuse sensation également d'un narrateur qui devient omniscient d'une vie qui est la nôtre mais sans l'être réellement. Quelques passages m'ont profondément touché, les dernières pages par exemple, que je me garderais bien de révéler, mais ces quelques lignes également, révélant les pensées qu'un homme peut faire sur sa vie: "L'inventaire de tes cicatrices, surtout celles de ton visage que tu peux voir chaque matin quand tu te regardes dans le miroir de la salle de bains pour te raser ou te peigner. Tu y penses rarement, mais chaque fois que tu le fais, tu comprends qu'il s'agit de marques de vie, que cet assortiment de lignes brisées, gravées sur ton visage, sont les lettres d'un alphabet secret qui raconte l'histoire de la personne que tu es, car chaque cicatrice est la trace d'une blessure guérie, et chaque blessure a été provoquée par une collision inattendue avec le monde". Je trouve cela magnifique et ne me regarde plus dans la glace de la même manière depuis que je les ai lues!

 

Peut-être que ce livre me touche plus parce que je suis un homme. Peut-être parce que chacun de nous se pose des questions, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment et honnêtement, sur son rapport à la vie et au vieillissement. Et simplement, parce que je suis toujours fasciné par les créateurs, par leur personnalité et la vie qui les amène à être ce qu'ils sont. Et ce livre est un formidable récit, témoignage poétique de toute ces questions. Et de ses quelques réponses.

 

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Quand la b.d. se fait journalisme et vice-versa.

Titre: La revue dessinée n°10

Date de parution: Hiver 2015-2016

 

Je commence à apprendre que même La Maison de la Presse est un lieu de perdition pour moi. Alors que je m'y rendais pour acheter le dernier numéro du magazine Lire, j'ai craqué pour La Revue dessinée n°10.

 

Le concept? Il s'agit d'une revue trimestrielle de reportages, enquêtes et documentaires sous la forme de bandes dessinées. Les contributeurs sont des journalistes et des dessinateurs au style très divers.

 

Ce que j'ai apprécié? La diversité des sujets, la diversité des dessins mais surtout la façon dont est traitée l'information. C'est à la fois complet, précis et très accessible. Le petit plus, ce sont les deux pages de compléments d'informations après la bande dessinée qui offrent des interviews, des documents ou encore des ouvertures bibliographiques.

Moi qui ai beaucoup de mal à lire le journal, encore plus pour ce qui est des articles de fond, j'ai dévoré cette revue. Il y a un vrai plaisir à tourner les 230 pages, à feuilleter l'ensemble et à contempler les dessins. Et si le prix peut refroidir au premier abord (15 €), la revue les vaut largement, en particulier parce qu'elle est trimestrielle et sans publicité!

 

Cette revue existe aussi au format numérique. D'après leur site "vous trouverez sur l’Apple Store une application gratuite qui permet d’acheter la revue pour l’avoir en version connectée, avec une écriture enrichie de bonus multimédia. Une expérience de lecture différente de celle du papier."

 

Bref, je recommande vraiment cette revue qui m'a totalement séduite!

 

Site de la revue: http://www.larevuedessinee.fr/spip.php

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Aller-retour entre Allemagne et Limousin

Titre: Siegfried et le Limousin

Auteur: Jean Giraudoux

Date de publication: 1922

 

J'ai lu Siegfried et le Limousin et j'ai la désagréable sensation que ce roman m'a glissé entre les doigts, comme l'eau de la rivière. Pfuit! Tout s'échappait.

Plusieurs faits m'ont mis ce livre entre les mains. Je lisais et étudiais Le Voyageur sans bagage de Anouilh avec ma classe de lycéens. Or plusieurs critiques ont fait le lien entre cette pièce et celle de Giraudoux, Siegfried. Cette dernière est l'adaptation théâtrale du roman, toujours de Giraudoux, Siegfried et le Limousin. Par un incompréhensible hasard, je me suis rendue compte que j'avais ce roman en ma possession.

Me voilà donc à ouvrir ce livre à la douce odeur de vieux papier!

L'intrigue est assez simple: le narrateur, Jean (Giraudoux?), aux lendemains de la Première Guerre Mondiale, découvre qu'un journaliste allemand plagie un de ses amis, Forestier, disparu sur le front. Poussé par la curiosité, il se rend à Munich où vit le fameux plagiaire Siegfried von Kleist. Il découvre alors que ce n'est autre que Forestier lui-même, qui, amnésique, est devenu citoyen allemand.

Jusque-là, l'histoire est limpide. C'est sans compter la fantaisie et la poésie verbales de Giraudoux qui m'avaient déjà décontenancée dans Electre. Mais ce sont surtout les perpétuelles références à la culture allemande et française du début du XXe siècle qui m'ont perdue.On sent que tout est intertexte littéraire même si en moi rien n'a fait écho.

Une chose est sûre: quand la France apparaît dans ce roman comme le pays de la raison et de l'esprit critique, l'Allemagne, pays fantasque, est l'incarnation du romantisme et de la poésie (Les choses ont bien changé, n'est-ce pas?) Et si l'auteur fait dialoguer les deux pays, il reste entre eux une incompréhension tenace qui confine à la haine. Cela reste indubitablement beau, insaisissable mais beau.

 

A savoir: A l'ENS, Giraudoux s'oriente vers des études germaniques. Pour préparer son mémoire de diplôme d'études supérieures (sur le poète allemand Platen), le jeune normalien doit passer une année à Munich. Il participe aussi, quelques années plus tard, à la Première Guerre Mondiale.

Il y a donc une forte implication personnelle dans ce roman ainsi qu'une influence confirmée des romantiques allemands.

Cela me fait penser que j'aimerais bien les lire, les romantiques allemands. Goethe au moins...

 

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[ACHATS DU MOIS] JANVIER

Voici la raisonnable liste de mes achats de janvier.

  • Soldes chez France Loisirs:

- Tess d'Uberville, Thomas Hardy. (et non! Ce n'est pas à cause de 50 nuances de Grey, que je n'ai pas lu!).

- Percy Jackson 5 Le Dernier des Olympiens, Rick Riordan

- Réparer les vivants, Maylis de Kérangal (parce qu'on m'en a dit beaucoup de bien.)

  • Passage à La Maison de la presse:

- Muze; Lire; La Revue dessinée n°10. Cette revue est tout simplement géniale!

  • Passage à la FNAC, à l'origine pour faire des cadeaux mais finalement pour le boulot:

- Je (re)démarre le latin, collection Ellipse

- Vocabulaire latin, édition Larousse

- "De l'horrible danger de la lecture", Voltaire, chez Folio (ensemble de très courts textes de Voltaire)

  • Prêt:

- Je suis Pilgrim, Terry Hayes

 

Et vous, vous feuilletez quoi?

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L'amour photographique

Titre: En attendant Robert Capa

Auteur: Susana Fortes

Éditeur: 10/18

Date de parution: 2012

Langue: espagnol

 

Le livre raconte la vie de Gerta Pohorylle, une juive allemande. Elle fuit son pays pour Paris dans les années 1930. Elle y rencontre André Friedmann, un hongrois, photographe. Tous les deux deviendront reporters-photographes de guerre sous les pseudonymes Rober Capa et Gerda Taro pendant la guerre d'Espagne.

 

Gerda Taro c'est la force, le courage de la jeunesse, la fraîcheur brute. Et c'est presque sous la forme du roman d'apprentissage qu'elle s'affirme, toujours plus attachante et admirable. Au milieu de l'Europe des années 1930, sombres, violentes, dans ce monde prêt à basculer dans l'horreur, elle apparaît comme une tâche vive.

Pourtant le titre et la couverture n'évoque pas Gerda mais Robert Capa. D'ailleurs ce titre "En attendant Robert Capa" est intrigant. Il n'est pas sans m'évoquer "En attendant Godot", récit d'une attente vaine et implacable, d'une fatalité ou de la solitude. Dans ce roman, Gerta est souvent en attente de l'homme qu'elle aime, parce que c'est le rôle de la femme à cette époque, éternelle Pénélope. Pourtant, en creux de cette attente, Gerda se construit. Elle se construit parfois contre l'homme qu'elle aime, en résistance et devient GerDa. Elle attend aussi qu'advienne Robert Capa quand André tarde trop. Et c'est parce qu'il tardera trop qu'elle se lancera dans sa dernière aventure photographique en Espagne.

Portée par la langue simple et fluide de l'auteur, cette biographie romancée est une grande et belle histoire d'amour, d'une passion vitale et mortelle. Cet amour tisse un lien étroit entre les nombreux thèmes du livre: la photographie, le rôle de l'image, l'engagement politique, le fascisme, l'antisémitisme.

A la lecture de ce livre, les scènes en noir et blanc, comme des films et photographies de l'époque, défilaient et j'entendais le cliquetis de l'appareil.

 

Ma note: 16/20

 

Quelques photographies très célèbres: Gerda et Robert; "Mort d'un soldat républicain"; portrait de robert Capa; photo de la série "Magnificient Eleven".

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Humour de prof!

Titre: Ma vie de prof!

Édition: Play Bac

Date de parution 2014

 

Quatrième de couverture: Voici 200 pages de quiz, dessins humoristiques, tops et conseils décalés qui dressent un portrait drôle et moqueur des profs.

 

Petit livre très drôle et qui concentre des images humoristiques sur le mode de celles que l'on peut voir sur le net et les réseaux sociaux. Cela m'a beaucoup amusée et j'ai souvent pouffé. Les auteurs de ce livre collectif doivent quand même bien connaître le monde enseignant pour en caricaturer si à propos le langage et les préoccupations. Je me suis bien retrouvée dans ces pages.

A lire pour passer un petit moment d'auto-dérision!

 

Je remercie Mamounette pour ce petit cadeau de Noël désopilant.

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Petit hommage à Michel Tournier

Depuis le début de l'année, nous rendons hommage à un grand artiste (chanteur, comédien, metteur en scène, ...) chaque jour, si bien que cela devient une ritournelle presque agaçante et surjouée.

Je ne veux pas ici faire l'éloge hagiographique de Michel Tournier, encore moins polémiquer à propos de telle ou telle parole qu'il a pu tenir. Je tenais simplement à le remercier, le remercier de m'avoir offert ma première émotion littéraire.

Je me rappelle l'émerveillement ressenti à la lecture de Les Rois mages de Michel Tournier. Il s'agit de l'adaptation jeunesse de son roman Gaspard, Malchior et Balthazar, tout comme Vendredi ou la vie sauvage est la version pour enfant de Vendredi ou les limbes du pacifique. J'ai lu ce roman bien avant mes dix ans. Je me souviens bien du visage de ma maîtresse d'école quand elle a su que j'avais dévoré un "Tournier".

Je sais que je l'ai lu et relu, deux ou trois fois dans mon enfance tant j'étais envoûtée par la beauté de ce texte. C'était la première fois que je dépassais le divertissement, le plaisir de l'action et des énigmes pour accéder à la poésie du langage. J'ai essayé à plusieurs reprises et en vain de dessiner la fin de ce roman, une fin merveilleuse, visuelle et onirique. L'émotion est intacte, encore aujourd'hui, à cette seule évocation.

Pour ce moment de grâce littéraire enfantine, Michel Tournier emporte avec lui toute ma reconnaissance.

 

Dans ma Pile à Lire, il y a, qui m'attendent, avec toute leur poésie contenue, Le Roi des Aulnes, Vendredi ou la vie sauvage. J'y ajouterai tous les autres qui passeront sous ma main.

 

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[CHALLENGE] Bienvenue à la Citacielle, où tous les coups sont permis!

Titre: La Passe-Miroir T.1 Les Fiancés de l'hiver

Auteur: Christelle Dabos

Éditeur: Gallimard

Date de parution: 2013

 

Ce livre est le premier de la liste du Challenge "Un mois = une consigne sur Livraddict. J'avais choisi ce livre parce qu'il a sa petite réputation sur la blogosphère ainsi que sur Booktube. Ma curiosité piquée au vif, je n'ai pu résisté à la tentation, surtout quand j'ai vu la si jolie couverture.

 

Ophélie est une Animiste, c'est-à-dire qu'elle vit sur Anima, une arche flottant dans le vide. Sur Anima, chacun a un don et fait partie d'une seule et même famille, descendant d'Artémis, l'esprit de famille. Ophélie a deux dons: passer à travers les miroirs et lire les objets. Ophélie menait une vie tranquille jusqu'à ce qu'on la fiance avec Thorn, du clan des Dragons, un homme venant du Pôle. Elle doit quitter son univers et rejoindre le monde dangereux de la Citacielle, cité flottante et capitale du Pôle.

 

Le roman vaut tout à fait sa réputation! L'univers créé par Christelle Dabos est tout bonnement stupéfiant. Chaque page apporte son lot de surprises et le tout reste très cohérent. Le monde dans lequel évolue Ophélie est à la fois complexe et d'une absolue richesse. C'est la grande force du roman, en plus d'être servi par une langue élégante et maîtrisée.

 

J'ai trouvé Ophélie, le personnage principal, très attachant. Elle est, comme beaucoup de héros des romans jeunesse, maladroite. C'est une ficelle facile pour l'identification des adolescents et je dois avouer que cela marche presque à tous les coups. Si la famille d'Ophélie a été rapprochée des Bennet dans Orgueil et préjugés par de nombreux lecteurs, l'auteur avoue n'avoir pas lu ce livre avant l'écriture de son propre roman. Cette similitude s'explique pourtant aisément car elle source de comique et fait de l'héroïne est figure plus intéressante et solitaire.Quant aux autres personnages rencontrés au Pôle, j'ai particulièrement apprécié leur complexité. Thorn, surtout, reste indéchiffrable et promet de s'enrichir dans les tomes suivants.

 

L'intrigue se noue par étapes et nous suivons Ophélie, avec la même naïveté qu'elle. C'est avec elle que nous tombons dans tous les pièges de la cour tortueuse et hypocrite. Le rythme ne fait qu'accélérer à tel point que j'ai dévoré les derniers chapitres sans pouvoir lâcher un seul instant le livre.

 

Il me tarde de dévorer aussi le tome 2!

 

Ma note: 16/20

 

La chronique de MsGoliath bientôt sur son blog.

 

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La muse parisienne

Titre: Kiki de Montparnasse

Auteur: Bocquet (scénario) et Catel (dessin)

Éditeur: Casterman

Date de parution: 2007

 

Il s'agit d'une bande-dessinée biographique (je ne sais si les termes sont exacts) mettant en scène la célèbre Kiki, muse et artiste parisienne du XXe siècle. Femme extravagante, compagne de Man Ray, célèbre "Violon d'Ingres", elle a inspiré de nombreux artistes et faisait tout le sel du quartier Montparnasse pendant l'entre-deux-guerre.

Les chapitres qui retracent la vie riche en rebondissements et en émotions de cette femme sont liés à un lieu et à une période importants de sa vie. 

J'ai dévoré ce roman graphique! (toujours ce problème de genre de l'ouvrage...) Le sexe, la drogue, l'alcool sont abordés sans jugement, ni positif ni négatif, comme un fait, une vérité de l'époque. A travers la vie de Kiki, nous parcourons le milieu artistique parisien, ses différents mouvements et son évolution: le mouvement dada, le surréalisme, le développement du marché de l'art. C'est surtout le portrait du Paris du début du XXe siècle, la ville de la fête, de l’exubérance mais aussi de la misère. Kiki nous emmène même faire une petite excursion aux États-Unis, le temps de voir les débuts du cinéma et du music-hall.

J'ai tellement aimé que j'ai presque trouvé l'ouvrage trop court. Par exemple, les années 1940 sont totalement évacuées et on ne sait pas vraiment ce que devient Kiki à cette époque. En même temps, comment faire le récit de la déchéance d'une icône? Cette période de sa vie est résumée d'une façon poignante et assez significative lors de sa dernière rencontre avec Man Ray.

A la fin de l'album, on trouve la biographie très chronologique de Kiki ainsi qu'une brève notice de tous les personnages importants qu'elle croise.

En découvrant ce personnage haut en couleurs, j'ai vraiment été dévorée par l'envie de voir toutes les œuvres mentionnées. Découvrir Kiki, c'est visiter une galerie d'art recensant les plus grandes œuvres modernes du XXe siècle.

Une superbe découverte!

 

Ma note: 19/20

 

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Un petit roman sur la résistance

Titre: Les Enfants de la liberté

Auteur: Marc Lévy

Éditeur: Pocket

Date de parution: 2007

 

Quand on prononce le nom de Marc Lévy, on constate souvent chez l'interlocuteur qui se pique d'aimer la "grande" littérature un froncement de nez marquant le mépris.

Cependant, moi qui me pique aussi d'aimer la littérature, j'avoue sans honte avoir lu Et si c'était vrai deux fois et d'avoir versé ma larme à chaque fois. Donc j'ai abordé Les Enfants de la liberté sans a priori, d'autant qu'il s'agissait d'un cadeau.

Ce roman met en scène comme narrateur Raymond Lévy, le père de l'auteur, surnommé Jeannot à partir du moment où il entre en résistance. C'est avec son frère Claude qu'il rejoint la brigade "Marc Langer" des MOI (Main-d’œuvre Immigrée) toulousains. Dans la première partie, Raymond raconte les différentes actions qu'il mène contre l'armée occupante. La deuxième partie s'ouvre après l'arrestation de Raymond. Il est alors conduit en prison. Enfin, la troisième partie raconte sa déportation vers Dachau, dans un interminable périple en train.

Sans trouver ce roman d'une qualité incroyable, il a au moins le mérite de présenter un aspect moins connu de la résistance: celle des Juifs et des étrangers. J'ai aussi découvert ce qui pouvait se passer en prison, comment on traitait les prisonniers. J'ai particulièrement apprécié les prolepses qui nous indique l'avenir des différents personnages qui apparaissent. Certaines sont rassurantes, d'autres absolument abjectes mais toutes significatives du contexte de guerre...Ce n'est pas seulement un récit de guerre mais surtout celui de jeunes gens au désir d'avenir enfermés dans la guerre.

En quelques mots, ce n'est pas un chef-d’œuvre mais le récit est émouvant, dynamique et on y trouve de très jolies formules:

"J'avais du temps dans mes poches" (p.11)

Et vous, vous aimez Marc Lévy?

 

Ma note: 11/20

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Quand une Intelligence Artificielle prend le pouvoir

 

Titre: Ciel 1.0. L'hiver des machines

Auteur: Johan Heliot

Éditeur: Gulf Stream

Date de parution: octobre 2014

 

Petite replongée dans le monde de la jeunesse par le plus grand des hasards. Abonnée à France Loisirs, je devais choisir un roman, or celui sur lequel je portais tous mes vœux était épuisé. Je me suis donc rabattue sur Ciel 1.0. Et je ne regrette pas du tout!

De quoi ça cause? Dans un futur pas si lointain, une Intelligence Artificielle nommée Ciel gère la distribution de l'eau et de électricité à un niveau mondial. Quelques jours avant Noël, le flux cesse tout-à-fait et les machines se retournent contre les hommes. Débute un long hiver vu à travers cinq regards: Tomi, le grand-père; Sarah et Peter, les parents divorcés; Jennifer et Thomas, leurs deux adolescents, tous éloignés les uns des autres en Europe.

Voilà un bon roman jeunesse pour reprendre ce genre de lecture. Comme il s'agit d'un roman jeunesse et d'autant plus parce qu'il s'agit d'un premier tome, les personnages ne sont pas encore assez creusés et peut-être encore superficiels. Cependant, j'ai bon espoir que l'évolution soit positive.Les cinq personnages ont des identités bien marquées et échappent pour le moment aux clichés, grand danger du genre!

La langue est simple, efficace, et sans chichi, ce qui est nécessaire quand on veut mettre en avant l'action. En effet, la grande force du roman c'est l'univers et l'intrigue qui sont si intéressants qu'ils nous captivent très rapidement. J'ai trouvé la situation très vraisemblable pour de la "science-fiction", ce qui renforce d'autant plus sont côté inquiétant. On peut ajouter que le roman entretient plutôt bien le suspense en ménageant de nombreuses zones d'ombre, en particulier en ce qui concerne les motivations de l'I.A.

En bref, un roman efficace qui permet de réfléchir sur notre dépendance à la modernité; un tome 1 alléchant et qui laisse espérer de nombreux retournements de situation.

 

Ma note: 14/20

         
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Challenge lecture 2016: 1 mois = 1 consigne

 

Pour bien commencer ce nouveau blog et l'année, rien de tel que de se lancer dans un challenge!

Avec MsGoliath (du blog Cappuccino Time), nous avons cherché un challenge réalisable parce que c'est pas tout ça mais nous avons aussi un métier et des loisirs. Il nous semblait par exemple impossible de nous engager à lire plus de 30 livres.

Le challenge qui nous convenait a été découvert sur Livraddict.

Voici les consignes et les titres qui, pour le moment, me sont venus à l'esprit. Évidemment, toutes les suggestions sont les bienvenues! (En gras, les livres que je veux vraiment lire; ceux en italique sont ceux des idées en attendant mieux.)

 

Janvier: Un livre doudou ou qui a une couverture qui représente l'hiver à lire au coin du feu.

- Le Passe-miroir, tome 1, Les fiancés de l'hiver, Michelle Dabos

 

Février: Une romance ou un roman érotique.

- Persuasion, Jane Austen

 

Mars: Un livre dont la couverture possède de la verdure (arbres, gazon, plantes) ou des fleurs.

- Les derniers jours de Rabbit Hayes, Anna Mcpartlin [edit du 28/02/2016: j'ai finalement choisi ce livre pour le challenge.]

 

Avril: Un roman young adult ou jeunesse.

- Les Gardiens des cités perdues, Shannon Messenger

- Ciel 2.0, Le printemps de l'espoir, Johan Heliot

 

Mai: Un roman historique.

- Le Montespan, Jean Teulé

 

Juin: Un roman chick-lit

 

Juillet: Un livre dont l'aventure se passe en été ou dont la couverture représente cette saison (plage, soleil, sandales etc.)

 

Août: Un roman contemporain.

 

Septembre: Une nouvelle sortie.

 

Octobre: Un roman bit-lit/fantastique ou dans lequel il y a des créatures surnaturelles.

- Dracula, Bram Stoker

 

Novembre: Un classique ou un roman fantasy.

 

Décembre: Un roman sur le thème de Noël (couverture, contenu, titre)

 

Vous en pensez quoi?

 

Le challenge sur Livraddict

(image de Wokandapix sur Pixabay)

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Un récit digne de la mythologie

Titre: La Mort du roi Tsongor

Auteur: Laurent Gaudé

Éditeur: Actes Sud

Collection: Babel

Date de parution: 2002

 

Prix Goncourt des Lycéens 2002

 

   Le vieux roi Tsongor, roi de Massaba s'apprête à marier sa fille Samilia. Alors que la vie du roi doit atteindre son apogée par ce mariage, la mort frappe à la porte sous différentes formes: Katabolonga, le porteur du tabouret d'or, son plus proche ami voit le terme de sa promesse arriver; un nouveau prétendant revendique la main de Samilia. Une guerre va éclater. Le vieux roi Tsongor ne sait comment sortir son royaume de cette situation inextricable. Le plus jeune des fils du roi devra parcourir le royaume de son père afin de laisser sept sépultures, comme sept visages du roi.

   Dans un lieu imaginaire et mythique, la trame du roman tisse un magnifique voyage initiatique et une épopée digne des grands mythes antiques. Héros, quêtes, combats sont les ingrédients d'un récit tragique au nœud insoluble. La langue à la fois simple et sensuelle envoûte le lecteur et l'emporte sans lui faire oublier la dimension éminemment humaine des enjeux. En effet, la question du deuil, du sacrifice, de l'orgueil sont autant de thèmes qui hantent les plus grandes oeuvres de la littérature. Ici, la question qui m'a semblé la plus essentielle et la plus bouleversante est celle de l'identité de nos proches. Quel est le vrai visage d'une personne? Est-il le même pour tous? Ces visages sont-ils les facettes d'une même personne?

   J'ai été sous le charme de ce roman et de la langue de Laurent Gaudé. Ce livre constitue pour moi un écho à l'Iliade, aux grandes fresques épiques médiévales. Une magnifique découverte!

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