Pline, la nouvelle série manga de Mari Yamazaki

Titre: Pline, Tome 1: L'appel de Néron/ Tome 2: Les rues de Rome.

Auteur: Mari Yamazaki et Tori Miki

Éditions: Casterman

Date de parution: à partir de janvier 2017

 

 

Aujourd’hui je voudrais vous parler de mangas et ce que je vais vous présenter est un petit bijou.

 

 Mari Yamazaki est une mangaka japonaise principalement connue pour sa série Thermae Romae (thermes romains 2012-2014) qu’elle scénarise et dessine. Ce manga met en scène Lucius Modestus, un jeune architecte romain vivant à l’époque de l’empereur Hadrien. Celui-ci, à la suite de chute ou d’aspirations étranges dans les bains romains, se retrouve au pays des « visages plats », c’est-à-dire dans le Japon moderne. Il y découvre chaque fois des inventions ou des techniques ingénieuses qu’il met en application lorsqu’il est de retour chez lui.

 

En janvier 2017, Mari Yamazaki récidive et associée à Tori Miki, présente une nouvelle série sobrement appelée Pline .

La série s’ouvre sur le 24 août 79. L’éruption du Vésuve que l’on prenait pour une montagne terrorise la baie de Naples mais suscite la curiosité de Pline qui s’attarde pour observer le phénomène. Son scribe Euclès se souvient de leur rencontre 20 ans plus tôt en Sicile après une éruption de l’Etna. Le lecteur reprend alors le fil de la vie de Pline à travers le regard de son scribe.

 

En dehors du fait que j’ai un attachement personnel et particulier pour Pline, cette série vaut vraiment le détour.

D’abord les dessins. Loin d’avoir la naïveté et la grossièreté que l’on reproche parfois à la veine manga, ici ils sont nets, fouillés et réalistes. Les représentations architecturales sont splendides et impressionnantes et pourraient rappeler les dessins de Jacques Martin pour les nostalgiques d’Alix.

Ensuite le personnage. Pline l’Ancien était un intellectuel romain, naturaliste et écrivain, auteur d’une œuvre encyclopédique appelée L’Histoire Naturelle qui compte 37 volumes. Pline y dresse un état des lieux de toutes les connaissances qu’il a accumulé en médecine, sciences naturelles, métallurgie, géographie, astronomie, anthropologie. La liste est longue! Resté longtemps une référence en sciences et en techniques, on lui a reproché par la suite de donné du crédit à des superstitions et de ne pas avoir d’esprit critique puisqu’il rapporte tout ce qu’il a lu ou entendu dire. Si la mort de Pline est parfaitement documentée puisque racontée dans ses moindres détails par son neveu Pline le Jeune dans une célèbre lettre à l'historien Tacite, sa vie en revanche est assez peu connue. Cela laisse alors une grande liberté à l’auteure pour combler les vides. Pline apparaît ici comme un personnage à la fois savant, drôle et attachant.

Enfin l’histoire. Pline a vécu sous le règne de Néron. Or ce règne est particulièrement propice aux intrigues romanesques, si l'on pense à l'incendie de Rome ou encore aux multiples assassinats dont il aurait été coupable.

 

J’ai particulièrement apprécié « le charivari de Mari et Tori ». Ce dialogue entre les auteurs à la fin des tomes nous permet d’en apprendre davantage sur le processus de création. Ils dressent ainsi un parallèle entre l’Histoire Naturelle de Pline et le Shanhaijing, le « livre des monts et des mers » composé pendant l’Antiquité chinoise. Mais surtout, dès le début de la conversation, Mari Yamazaki situe l’origine du manga dans le séisme de mars 2011 (Fukushima). Elle continue ainsi sa comparaison des civilisations japonaise et romaine initiée dans Thermae Romae.


Vous pouvez retrouver cette chronique sur le podcast de l'émission "N'écoute pas les idoles" diffusée sur Radio Béton.

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