La Petite Communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

"Elle grignote l’impossible, le range de côté pour laisser de la place à la suite, toujours la suite". (p. 77)

 

Titre: La Petite Communiste qui ne souriait jamais

Auteur: Lola Lafon

Éditions: Actes Sud

Date de parution: Novembre 2016

 

Cela faisait un petit moment que je tournais autour de ce titre. Il avait même été sélectionné dans la boîte n°2 de My Book Box « D’autres vies que la mienne ». Et puis quand j’ai vu la couverture dorée de la nouvelle édition, j’ai craqué et je l’ai mis dans mon panier. Cela tombait bien puisque mes comparses Maeve et Carole l’avaient aussi dans leur PAL. Nous avons donc toutes les trois lus ce roman en parallèle.

 

La petite communiste qui ne souriait jamais c’est Nadia C., célèbre gymnaste qui en 1976, aux Jeux Olympiques de Montréal transforma complètement la pratique de la gymnastique à seulement 14 ans. Mais il s’agit surtout d’une gymnaste roumaine qui a grandi au temps de la dictature de Ceausescu.

 

L'écriture de la gymnastique

 

Je dois être honnête, je ne m’attendais à rien avec ce livre. Les échos que j’en avais eu étaient nuancés et réservés. Aux premières pages, j’ai été enchaînée au récit. Lola Lafon réussit à rendre, avec une concision efficace, la grâce sèche de la gymnastique. J’en arrivais à sentir l’odeur âcre de la magnésie, à entendre le tambourinement sourd des figures acrobatiques réalisées au sol ou encore le craquement métallique de la poutre, le grincement de la barre qui ploie. Je ne sais si c’est le talent de l’auteur ou si mes souvenirs sont toujours si proches d’affleurer que la moindre évocation les réveille. Toujours est-il que les premières pages m’ont donné des frissons. Je me rappelais distinctement le maillot blanc de Nadia Comaneci. Cette gymnaste a hanté mon enfance. Elle en était la figure mythique.

 

Le récit retrace le parcours de Nadia Comaneci. Rien de surprenant dans la suite des événements qui ressemblent à peu près au scénario du téléfilm que j’ai pu voir enfant. Mais l’ambition de l’auteur est d’offrir un contrepoint à ce scénario bien ficelé que l’on nous sert depuis toujours. Qui était vraiment Nadia ? Pour cela, l’auteur intègre des « conversations » fictives entre elle et Nadia qui lui permettraient de combler les vides. C’est à la fois intéressant de donner voix à Nadia mais aussi déconcertant puisque fictif. En réalité, on ne sort jamais de la fiction sur Nadia ; tout est théâtralisé, à l’image du régime roumain mis en place par Ceausescu.

 

Histoire, politique ou sport?

 

Je crois qu’il y a deux lectures possibles à ce récit : une historique, mise en avant par la couverture originale et une plus gymnique comme le laisse supposer la nouvelle couverture. Or c’est la lecture gymnique que je privilégie. Lola Lafon retranscrit par des figures de style aériennes et un style parfois sec et rythmé toute la force et la violence de ce sport. A travers la gymnastique, c’est l’image de la femme qui est interrogée. Le corps de Nadia est exposé, analysé, pesé, jugé, observé. Évidemment, cela a réveillé en moi des souvenirs, des malaises mais la réflexion à mener est bien plus globale.

 

En fait, si Nadia est mythique, c’est qu’aucun discours n’arrive à rendre compte de ce qu’elle est. C’est ce que prouve ce récit. Ni le discours officiel, ni le discours romancé ne parviennent à saisir les parts d’ombre de cette femme. Elle reste donc une icône, figée et glacée. Et n’est-ce pas là la seule vérité ? "Ne me cherchez pas car je suis nulle part" conclut l'énigmatique Nadia.


Pour voir les avis de mes copines blogueuses Carole (Un enfant qui lit) et Maeve (Mademoiselle Maeve), rendez-vous chez Maeve!

 

Leurs avis constituent un contrepoint très intéressant à mon avis. ;)

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Nuahj (samedi, 08 avril 2017 21:20)

    Après t'avoir vue bouleversée en pleine lecture, je suis heureuse de lire ton analyse, pleine de toi.

  • #2

    Between the books (lundi, 10 avril 2017 13:12)

    Merci! <3