La Part des flammes de Gaëlle Nohant

Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d’une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. (p. 96)

 

Titre: La Part des flammes

Auteur: Gaëlle Nohant

Date de parution: 2015

Éditions: France Loisirs

 

Ce roman a été chaudement recommandé par de nombreuses blogueuses et booktubeuses. Mais ce qui m'a convaincue de le lire, c'est l'avis éclairé de Mademoiselle Maeve. Et c'était un sacrément bon conseil!

 

Participer au Grand Bazar de la Charité est une étape nécessaire pour les femmes de la haute société. Cet événement mondain rassemble le tout-Paris et les jeunes femmes de l'aristocratie s'y pressent pour y jouer les vendeuses de babioles. Violaine de Raezal, méprisée par la bonne société, trouve auprès de la duchesse d'Alençon un appui efficace pour faire son entrée dans le beau monde. Au stand de la duchesse, elle fait la connaissance de Constance d'Estingel et un lien étrange se tisse entre elle. Mais le 4 mai 1897, un incendie ravage le Bazar de la Charité et plonge les deux femmes dans les tourments.

 

Un roman héritier du réalisme?

 

Sans vouloir comparer l'incomparable, j'ai trouvé le roman presque aussi réaliste que Bel Ami de Maupassant ou qu'un Balzac. Le lecteur est en effet immergé dans le Paris de la fin du XIXe siècle.

Le contexte politique n'est alors plus vraiment favorable à la noblesse puisque la IIIe République est une période marquée par une forte identité démocratique si l'on pense à la liberté de la presse, aux lois de Jules Ferry sur l'Ecole... L'aristocratie y apparaît comme affaiblie et à bout de souffle. Elle qui vivait close sur ses traditions et son entre-soi est frappée par ce désastre qui la décime. Ce tableau sans concession invite à entrer dans les salons et appartements privés afin d'y être le témoin des petits calculs de cette société déclinante. Et comme chez les auteurs réalistes, cela ne se fait pas sans une légère ironie.

Pour donner cet effet de réel, l'auteur s'est appuyé sur des personnages réels comme la duchesse d'Alençon et sur des documents historiques, des articles de presse pour rendre cet effet de réel.

 

Un soupçon d'horreur

 

Si certains passages sont insoutenables, l'auteur évite l'écueil du mauvais goût. Elle réussit à écrire une scène vivante, dramatique et presque épique sans jamais tomber dans le pathos. Au contraire, elle y révèle la complexité et la profondeur de l'humanité. L'incendie qui frappe la noblesse réduit les aristocrates à ce qu'ils sont vraiment: des hommes mortels. Alors semble s'effondrer les barrières sociales et les liens qui se tissent entre les êtres sont d'un nouveau genre, plus solides, plus humains.

 

Deux femmes au coeur

 

Mais le roman est surtout le portrait sensible et vraisemblable de deux femmes qui incarnent les contraintes subies par les femmes de cette époque. Aussi le roman aborde-t-il à travers ces personnages le thème de la grossesse hors-mariage, de l'hystérie et de son traitement, de l'adultère, de la liberté... La condition des femmes y est mise en scène dans toute sa vérité. Ainsi la société patriarcale cherche-t-elle surtout à briser les femmes afin de les soumettre aux règles de la société. Contre les carcans imposées par la société, ces deux femmes vont se révolter, chacune à leur manière. Mais leur rébellion n'a rien de cliché et exprime une pulsion de vie qui se déchaîne parfois contre elles-mêmes. Si je me suis davantage identifiée à Violaine, le personnage de Constance m'a bouleversée par sa fragilité et sa souffrance.

 

Il ne faut pas oublier les personnages secondaires: Mary Holgart, l'Américaine apparemment émancipée, Mme de Marsay, l'aristocrate excentrique, Joseph, le courageux cocher, Amélie d'Estingel, la mère névrosée de Constance, Hyacinthe Brunet, le psychiatre ambitieux, et tous les autres... Tous ces personnages réussissent à être riches et profonds.

 

 

Enfin, j'ai apprécié la délicatesse de l'écriture qui arrive, sans sensiblerie, à émouvoir et toucher juste.


POUR ALLER PLUS LOIN:

Le bazar de la Charité

La duchesse d'Alençon

Le blog littéraire de Gaëlle Nohant: Le café littéraire de Gaëlle

La vidéo de Lemon June


Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Maeve (dimanche, 19 février 2017 20:38)

    Merci, merci ! de me faire confiance et je suis tellement contente que tu aies aimé !
    Bises et bises,
    Maeve

  • #2

    Carole (dimanche, 19 février 2017 21:03)

    Très belle analyse de ce roman, Cécilia. Livre lu en même temps que toi, sur les mêmes conseils ! J'ai moi aussi adoré.