{Entretien} Le romantisme est-il encore possible?

Pour répondre à cette question, je vous propose un entretien avec Thibault Loucheux, un jeune écrivain qui signe son premier roman, Mémoires d'un Mécontemporain.

- Pourriez-vous vous présenter à vos futurs lecteurs? Qui êtes-vous? Quel est votre parcours?

Je suis étudiant en Master 1 cinéma à l'Université Paul Valéry de Montpellier et également critique de cinéma dans différents journaux et radios.

 

- Pourquoi avez-vous choisi les éditions Lacour?

J'ai rencontré Christian Lacour il y a plusieurs années alors que je publiais un ouvrage collectif sur les monuments contemporains de Nîmes. S'en est suivi deux livres de recherche en cinéma, Le tournage des Mistons, la Nouvelle Vague à Nîmes en 2014 et Dario Argento, le règne animal en 2015. Nous collaborons également sur des projets vidéos avec une confiance mutuelle. Il était donc logique que je lui présente mon premier roman. J'en profite pour le remercier de sa confiance.

 

- Comment présenteriez-vous votre roman?

J'ai voulu que Mémoires d'un Mécontemporain raconte une histoire d'amour moderne. Les relations entre les individus ont changé avec les nouvelles technologies, notre rapport à la télévision, à la politique... Bref aux médias en général. Nos grands-parents et nos parents ont réinventé le rapport à l'autre avec différents événements historiques comme mai 1968... Est-ce que deux enfants de la génération Y peuvent vivre une histoire d'amour sans subir les conséquences des évolutions de la société ?

 

- Avez-vous prêté votre style à Théodore, votre personnage principal ou avez-vous créé un style qui s’adapte à sa personnalité ? Vous reconnaissez-vous en Théodore à qui vous avez prêté, semble-t-il, quelques uns de vos traits biographiques ?
Le personnage de Théodore me ressemble oui, nous avons un certain nombre de points communs. Je ne tiens pas spécialement à parler des éléments biographiques du livre pour plusieurs raisons. La principale étant que ma vie n'intéresse pas le lecteur. Il doit se faire sa propre idée, s'identifier au personnage. Le livre doit exister par lui-même. Je n'aime pas le terme autofiction, ce mot ne veut rien dire. Soit c'est un roman, soit c'est une biographie. Si il y a écrit roman, alors c'est une fiction.

 

- Pourquoi avoir choisi le point de vue interne et la forme des mémoires? Cette subjectivité n’est-elle pas un peu réductrice?

La première personne du singulier apporte une proximité avec le lecteur. Lorsque je lis un livre et qu'un personnage est aussi narrateur, je me sens plus impliqué dans l'histoire. Le lecteur devient une sorte de témoin. Cette approche me plais. La forme des mémoires accentue cette impression. Le lecteur devient un confident, et le personnage un ami.

 

- Vous n’êtes pas avare en détails, en particulier en ce qui concerne les marques. Qu’avez-vous voulu montrer par cet hyper-réalisme?

Les marques sont utiles pour marquer l'histoire dans son temps. Le livre se déroule dans une époque très contemporaine, nous sommes exposés aux marques tous les jours, elles font partie de notre quotidien. Je pense également que selon les vêtements que l'on porte, les marques que l'on aime, on peut en savoir un peu plus sur les individus. Peut être que le lecteur cernera plus Théodore avec les marques qu'il consomme. Je fais partie de ceux qui pensent que l'habit fait le moine.

 

- Marie n’est connue par le lecteur qu’à travers le regard de Théodore, ce qui la réduit souvent à des images amoureuses convenues. Pourtant c’est un personnage plus complexe mais qui ne semble exister que par fragments. Son comportement reste donc énigmatique pour le lecteur. Pourquoi avez-vous fait ce choix?

C'est exactement de cette façon que je voulais que l'on perçoive le personnage de Marie. Nous la voyons à travers le regard de Théodore qui vis une relation passionnelle avec elle. Mais malgré ces « images amoureuses convenues » comme vous dites, elle paraît complexe, ce qui en fait peut-être le personnage le plus intéressant du livre. Elle existe, elle vit, et cette vie lui appartient. Imaginez-vous avec votre copain, vous le voyez souvent, vous pensez le connaître, et pourtant il existe des moments où il est seul, il doute, il se retrouve dans son chaos. C'est terriblement personnel, il ne vous en parle pas car vous n'avez pas à le savoir. Et le lendemain, il vous embrasse en souriant. Théodore le dit : « C'est probablement ça l'amour, tenir une personne dans ses bras sans la connaître entièrement. »

 

Cela me permet aussi d'aborder l'une de mes obsessions, le rapport homme-femme. Vous ne vous rendez pas compte à quel point la femme est un mystère pour l'homme. C'est à travers cette complexité que le personnage de Marie existe. Elle est à la fois belle, sombre, attentionnée et mystérieuse.

 

- Votre roman offre un point de vue plutôt négatif sur notre société et notre génération. Il me paraît pourtant caricatural. Partagez-vous le point de vue de votre personnage?

Ce livre est une satire du monde dans lequel nous vivons, donc la caricature n'est pas un mal. Pour Théodore la société évolue de façon négative et je suis plutôt d'accord avec lui. Quand on prend la télévision, on peut voir que la qualité des émissions a baissé. C'est un sujet d'actualité avec ce qu'il se passe chez Hanouna... Les gens s'amusent à regarder des attouchement sexuels dans Touche pas à mon poste ou les disputes entre des abrutis dans les Anges ou les Chtis... C'est affligeant, ça ne devrait même pas exister.

 

- Théodore est-il un personnage que vous avez voulu agréable pour le lecteur?

Mon but n'étais pas de créer un personnage agréable ou désagréable, il devait surtout être humain. Il est sympathique par certains aspects, c'est un romantique, il est amoureux et attentionné. Il est également cultivé, s'intéresse à beaucoup de sujets... Mais il a un avis sur tout, réfléchit beaucoup et agit avec maladresse, ce qui peut le rendre à la fois antipathique et touchant.

 

- Marie est-elle vraiment une “réaliste”?

Théodore et Marie sont indéniablement différents. Lui vit un rêve éveillé dans cette relation amoureuse, il ne croyait pas que le bonheur soit possible et voilà que Marie lui tombe dessus. Il vit cette relation à fond avec un côté Candide. Marie l'aime beaucoup aussi, mais semble plus prudente. Même si Théodore représente beaucoup pour elle, je l'imagine avec plus de vécu sur le plan personnel, avec un passé plus lourd. Théodore se jette dans la relation alors que Marie avance doucement mais sûrement. Ils se complètent et vont bien ensemble, je trouve.

 

- Théodore est-il vraiment romantique? Ne serait-il pas plutôt un homme tombé dans une sorte de bovarysme? Il m’a semblé qu’il ressentait peu d’émotions profondes mais qu’il jouait plutôt des postures diverses, comme s’il n’était qu’un personnage. Il se cache par exemple derrière des citations. L’avez-vous voulu ainsi?

 Théodore a ce côté snob, très sûr de lui, presque prétentieux qui peut donner l'impression qu'il joue un rôle. D'ailleurs, il critique beaucoup tout en collaborant. Mais lorsque la relation amoureuse s'installe, on apprend à le connaître, avec ses doutes et sa volonté de rendre Marie heureuse. Sa carapace se brise et il nous expose sa sensibilité profonde.

 

- Il semble parfois que Théodore vive passivement les événements sans chercher à les comprendre (par exemple, dans son rapport avec son ami Thomas). Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus aux autres?

 Je ne suis pas d'accord avec vous sur le fait que Théodore vive passivement les événements sans chercher à les comprendre. Au contraire, tout le long du livre il s’interroge sur la société, sur les autres, sur son entourage... Il est abandonné, et cherche à agir. Je trouve qu'il réfléchit et agit trop. Si je devais lui donner un conseil pour la suite de son existence, ce serait au contraire de moins penser, moins agir, et plus laisser faire le temps et la vie.

 

Références du livre: Thibault Loucheux, Mémoires d'un Mécontemporain, éditions Lacour, 2016, 15€


 Thibault Loucheux m'a gentiment proposé de découvrir son roman et cet entretien m'a permis de revenir sur ma lecture et sur les interrogations qu'il avait suscitées. Je le remercie donc chaleureusement de s'être prêté au jeu. Je lui souhaite beaucoup de succès et une longue carrière dans l'écriture et le cinéma.

 

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Commentaires : 4
  • #1

    Maeve (vendredi, 30 décembre 2016 20:21)

    Top cet entretien !
    Bisous,
    Maeve

  • #2

    Ahez (Betweenthebooks) (samedi, 31 décembre 2016 10:47)

    Merci Maeve!

  • #3

    Pauline (dimanche, 01 janvier 2017 00:36)

    Question très pertinentes, félicitations pour cet entretien vraiment intéressant

  • #4

    Ahez (Betweenthebooks) (lundi, 02 janvier 2017 16:29)

    Merci Pauline. Cela me fait très plaisir!