"Ma peinture et votre récit sont semblables: subjectifs et idéalisés"

Titre: Le Peintre et la voyageuse

Auteur: Patricia Almarcegui

Editions: Intervalles

Date de publication: 2016

 

Dans l'imagination de l'auteur, Lady Montagu, voyageuse et femme de lettres du XVIIIe siècle et Ingres, célèbre peintre du XIXe siècle se rencontrent. A l'ouverture du roman, Ingres est en mal d'inspiration. Il n'a plus le désir de peindre. Il décide donc de se retirer à la campagne. Mais il a fait la rencontre de la fascinante voyageuse lors de la représentation de l'opéra Orphée et une relation s'installe entre eux. Au fil de leurs entrevues, un véritable échange se fait autour de l'art, des femmes, de l'enfance, de l'amour,... Jusqu'à retrouver le goût de peindre.

 

J'ai passé un bon moment en compagnie des tableaux aimés ou peints par Ingres et des récits d'Orient proposés par la voyageuse. Les entretiens entre ces deux personnages sont enrichissants et posent la question fondamentale de la place de la femme dans l'imaginaire artistique, en particulier de la femme orientale. Lady Montagu défend une vision très moderne de la femme de harem et remet en question la perception occidentale, s'inscrivant ainsi dans la tradition des Lumières. L'hypotypose (description réaliste et animée d'une oeuvre d'art) finale est stupéfiante et constitue pour moi l'apogée du roman.

Si certains passages m'ont semblé un peu surfaits voire clichés, l'ensemble du roman fait voyager de Venise à Paris en passant par la Turquie et la campagne française mais il fait surtout voyager dans les univers picturaux et sensoriels des deux personnages.

 

Je crois que ce qui m'a empêchée de rentrer totalement dans le roman c'est une certaine superficialité des personnages. Non pas qu'on ne connaisse pas leurs pensées et émotions mais j'ai parfois trouvé que cela manquait de sel, de complexité. Ainsi, l'admiration que l'auteur porte à Lady Montagu la conduit à en faire un personnage parfait, qui est belle, admirée de tous, originale et qui comprend à la perfection la psychologie de ses interlocuteurs. Et c'est là que je ne m'y retrouve pas. De plus, le style m'a paru un peu brut, un peu sec, peut-être maladroit. Mais je le mets aussi sur le compte de la traduction. A noter, quelques erreurs de syntaxe malheureuses, quand l'auteur cite les lettres de Lady Montagu sans établir les changements nécessaires à la nouvelle situation d'énonciation.

 

Le bilan est donc mitigé mais c'est que je deviens un public difficile. Le roman était ambitieux et j'en attendais encore plus. Il se lit néanmoins très bien et la qualité indéniable de l'objet-livre a participé au plaisir de la lecture.


Cette lecture a été effectuée dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio. Je remercie donc Babelio et les éditions Intervalles pour cet envoi et cette lecture.

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